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L'ERMITE – Lobsang Rampa

"The Hermit", de Tuesday Lobsang Rampa, 1971, ISBN ‎ 978-0876127087.
ISBN ‎ 978-0876127087

Vidéos détaillées : Youtube, Odysee
Vidéos abrégées : Youtube, Odysee

◻️ Planète d'origine des contacts
◻️ Identité du contacté
◻️ Époque et lieu du contact
◻️ Publication de l'histoire
◻️ Comment a eu lieu le contact
  ➳ La rencontre du jeune moine avec le vieil ermite
  ➳ Le dénuement de l’ermite
  ➳ Le récit du contact de l’ermite avec les êtres venus d’ailleurs
  ➳ La raison pour l’avoir choisi
  ➳ Pose d’un appareil de vision artificielle
  ➳ Les divers êtres observés autour de l’ermite
  ➳ Explications de son mode de vie provisoire connecté
  ➳ Après le temps de repos
  ➳ L’ermite réclame qu’on lui rende la vue artificielle
  ➳ Les êtres lui amènent un écran pour lui projeter en direct des lieux
  ➳ L’ermite voit des villes d’Himalaya, d’Inde, d’Allemagne
  ➳ L’ermite demande du respect
  ➳ L’ermite est amené dans une vaste salle avec une assemblée de races variées
  ➳ Une opération à crane ouvert
  ➳ Explications données à l’ermite
  ➳ D’autres opérations pour lui permettre de comprendre les langues
  ➳ Rencontre avec l’Amiral du vaisseau
  ➳ Décision concernant les terriens par ces êtres d’un autre monde
  ➳ Certains veulent détruire l’humanité terrienne pour tout recommencer
  ➳ Connecter l’ermite aux Archives Akashiques pour témoigner
  ➳ Lancement de l’expérience de connexion sur l’ermite
  ➳ Visite d’une autre planète telle qu’elle existe actuellement en état décorporé
  ➳ Planète principale d’un groupe de plus d’un millier de mondes
  ➳ Un monde avec cinq soleils
  ➳ Le conseil des neuf sages où il est envoyé dans le passé des annales Akashiques
  ➳ Dans le passé de l’univers
  ➳ L’arrivée des ensemenceurs sur la Terre du passé
  ➳ L’ensemencement de la Terre du passé
  ➳ Nouvelle vague d’ensemencement d’humanoïdes et fin de l’Atlantide
  ➳ Encore une nouvelle vague d’ensemencement
  ➳ Des débarquements d’humanoïdes en masse
  ➳ Race extraterrestre guerrière interférente et son chef Satan, Terre ravagée
  ➳ Remise en état de la vie sur Terre et premiers « Dieux »
  ➳ Les Dieux de l’Olympe dont Satan fait partie
  ➳ Les Dieux de l’Égypte puis Sodome et Gomorrhe
  ➳ Moïse
  ➳ Mahomet et Confucius
  ➳ Jésus Christ
  ➳ Les enseignements christiques
  ➳ Retour de l’ermite dans son corps physique
  ➳ Consignes laissées à l’ermite et installation dans sa caverne
  ➳ L’ermite décède et le jeune moine Lobsang Rampa repart
◻️ Apparence des habitants du contact
◻️ Description de leur monde et de leur civilisation
  ➳ Description physique de leur monde
  ➳ Organisation politique et structure de l’Empire
  ➳ Villes et structures
  ➳ Technologie et transport
  ➳ Expansion et mission des habitants

Extrait 1 : vaisseaux spatiaux
Extrait 2 : le pourquoi du contact avec la Terre
Extrait 3 : histoire de leur intervention sur Terre

🔗 Liens vers des documents plus complets sur ce contact

Planète d’origine des contacts :

Extrait du livre : « La Voix me répondit en me disant : "Tu dois comprendre que la Terre est un bien petit endroit, que la Terre est comme l'un des plus petits grains de sable sur les rives de la Rivière Heureuse. Les autres mondes de l'Univers dans lequel votre Terre se trouve sont aussi nombreux et aussi variés que les grains de sable, les pierres et les rochers qui bordent la Rivière Heureuse. Mais ceci n'est qu'un seul Univers. Il existe d'autres Univers en nombre incalculable, tout comme il existe des brins d'herbe en nombre incalculable. Le Temps, tel qu'il se déroule sur la Terre, n'est qu'un éclair dans la conscience du temps cosmique. Les distances sur la Terre sont sans importance ; elles sont insignifiantes, elles n'existent pas lorsqu'on les compare aux distances spatiales. Tu te trouves actuellement dans un monde situé dans un Univers extrêmement différent des autres, un Univers si éloigné de la Terre que tu connais que cela dépasserait ton entendement. »

D’après le récit, l’origine des « Jardiniers » ainsi qu’ils se nomment eux-mêmes (et plus largement de l’autorité qui les mandate) se situe sur une planète décrite comme la planète principale et « directrice », présentée comme la capitale d’un ensemble de mondes habités dépassant le millier. Chaque monde est dit autonome, mais tous doivent « allégeance » au Maître de cette planète principale, et suivent une même ligne de conduite visant à limiter les injustices et à améliorer les conditions d’existence. Le texte précise que ce monde est le centre culturel et scientifique de son univers : il est décrit comme « le centre de cet Univers spécifique », un centre de savoir sans équivalent, et il est indiqué qu’on y a mis au point une nouvelle façon de voyager (non détaillée car jugée incompréhensible pour les savants terrestres).

La Voix insiste sur l’existence d’innombrables univers et affirme que le moine se trouve dans un monde appartenant à un univers « extrêmement différent » et très éloigné de la Terre, puis décrit son trajet comme un déplacement « vers le centre d’un autre univers », jusqu’à « la ville la plus importante de la planète directrice ». Autrement dit, la “capitale” de l’Empire n’est pas seulement ailleurs dans l’espace, mais dans un cadre cosmologique présenté comme distinct de celui de la Terre.

Le texte refuse de donner un nom propre à cette planète (il est dit que des noms n’auraient “aucune signification” dans la langue du témoin et ne feraient que l’embrouiller). En revanche, il donne des éléments d’ambiance : une civilisation très avancée, aux couleurs différentes de celles de la Terre, et une grande ville avec un trafic aérien intense et une zone de départ/arrivée où l’on voit divers vaisseaux (sphériques, en “deux bols”, en forme de “lances”) semblant partir vers les confins de ce monde ou au-delà. Enfin, la structure politique est décrite comme pacifique : pas de grandes armées, mais des savants, commerçants, prêtres et explorateurs ; l’adhésion à cette “puissante fraternité” se ferait sans contrainte et impliquerait de renoncer aux armes.

Identité du contacté :

Tuesday Lobsang Rampa, selon son propre récit, est un lama tibétain né près du Potala, le palais forteresse de la ville de Lhassa au début du XXᵉ siècle, dans une période politiquement troublée marquée par les tensions entre la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine. Il affirme avoir appartenu à une famille de haut rang (fils d’un riche homme politique qui exerce une influence importante sur les affaires d’Etat). Un astrologue Oracle qui avait été appelé par la famille pour donner l’avenir du jeune Tuesday, a indiqué alors qu’il n’avait que sept ans, qu’il était destiné à devenir lama-médecin et entrer à la Lamaserie de Chakpori (détruite depuis par les Chinois lors de leur invasion début 1950). Malheureusement, la famille fut bouleversée car il ne pourrait alors pas devenir l'héritier du domaine familial, et il a alors complètement rejeté par sa famille.

Il rejoindra la lamaserie de Chakpori pour être formé dès le lendemain de cette annonce de l’astrologue. Il deviendra plus tard lama médecin, et vivra une initiation qui eut lieu vers ses 17 ans (dans laquelle il voyagea dans le passé en état décorporé dans une expérience appelée la « petite mort »). Dans ses écrits, il explique que son corps tibétain fut gravement endommagé par des tortures et des accidents, le rendant non viable.

En novembre 1956 paraît au Royaume-Uni Le Troisième Œil, ouvrage fondateur dans lequel Lobsang Rampa raconte son enfance initiatique au Tibet, marquée notamment par une opération symbolique destinée à « ouvrir » le troisième œil et permettre la perception de l’aura et d’autres plans de réalité. Le livre connaît un immense succès populaire et établit l’univers spirituel de Rampa, mêlant traditions tibétaines, ésotérisme et souvenirs de vies antérieures. Il écrira au total dix-neuf livres, diffusés dans le monde entier à environ quinze millions d’exemplaires.

À la fin des années 1950, une enquête de la presse britannique révèle que Lobsang Ramp est un pseudonyme pour l’anglais Cyril Henry Hoskin (né à Plympton en Angleterre le 8 avril 1910, mort à Calgary le 25 janvier 1981), le fils d’un plombier, et qu’il n’a jamais voyagé au Tibet ni parlé tibétain. Pour les sceptiques, l’œuvre relève d’une construction littéraire. Rampa ne nie pas l’identité physique de Hoskin mais affirme que son récit doit être compris comme celui d’une âme tibétaine transmigrée dans un corps occidental, et non comme l’autobiographie physique d’un Tibétain.

Dans ses écrits ultérieurs, Rampa racontera que son corps tibétain avait été gravement endommagé par les tortures et les accidents, au point de ne plus pouvoir continuer à vivre normalement. Après de nombreuses épreuves et missions spirituelles, marquées par de longues errances au Japon, en Chine, en Russie, en Amérique puis en Europe, il se retrouva finalement dans un état d’extrême affaiblissement physique et ses guides lui annoncèrent qu’il devrait abandonner cette enveloppe devenue non viable afin de poursuivre sa tâche autrement. En effet, parvenu à un moment de profond renoncement, il fut alors secouru par son guide, le lama Mingyar Dondup et les maîtres désincarnés du Pays de la Lumière dorée qui lui révélèrent qu’il s’agirait de sa dernière incarnation terrestre et qu’un transfert d’âme vers un autre corps serait accompli avec l’aide de lamas opérant sur le plan astral, opération décrite comme consciente et volontaire. Il relate l’ensemble de cet épisode dans son livre « L’Histoire de Rampa ». Il lui est dit :

« Ton corps terrestre, à cause de tout ce que tu as enduré, est dans un état déplorable. Nous avons trouvé dans le pays d'Angleterre un corps que son possesseur a hâte de quitter. Son aura possède une harmonique fondamentale semblable à la tienne. Plus tard, si les conditions l'exigent, tu pourras prendre ce corps. II ne s'agit que de prendre la robe d'un autre. Et au bout de sept années, le corps sera le tien, toutes les molécules de ce corps avec les mêmes cicatrices auxquelles tu tiens tant. Au début, cela te paraîtra un peu étrange, comme lorsque tu as mis pour la première fois des vêtements occidentaux. »

Parallèlement, le Britannique Cyril Hoskin, profondément désabusé de la vie, aurait vécu une expérience de sortie du corps à la suite d’une chute accidentelle dans un puits. Selon le récit de Rampa, une rencontre eut lieu entre eux sur le plan astral et Hoskin accepta d’abandonner son corps. Des lamas auraient alors procédé à la transmigration, libérant l’âme de Hoskin pour permettre à celle de Lobsang Rampa d’occuper ce nouveau corps, événement présenté comme sa dernière incarnation terrestre.

Cyril Hoskin, plombier, plus jeune, pas encore transmigré en Lobsang Rampa.
Cyril Hoskin, plombier, plus jeune, pas encore transmigré en Lobsang Rampa.

Au cours des années 1960, plusieurs critiques officielles apparaissent. Le dalaï-lama, par l’intermédiaire de déclarations rapportées, indique que Le Troisième Œil doit être considéré comme une fiction non conforme à la réalité tibétaine, tandis que d’autres observateurs dénoncent une représentation imaginaire de cette tradition. Rampa répond que la société tibétaine qu’il décrit appartient à un passé ancien, antérieur aux bouleversements modernes, et qu’il n’y a donc pas contradiction avec la réalité contemporaine.

Il se présente comme un lama médecin investi d’une mission particulière, affirmant que son rôle principal n’était pas d’enseigner publiquement mais de transmettre, sur les plans astraux, une compréhension des dysfonctionnements humains, mission que d’autres avant lui n’auraient pas pu accomplir.

Face aux polémiques persistantes, Lobsang Rampa quitte l’Europe dans les années 1960 pour s’installer au Canada, où il vivra jusqu’à sa mort en 1981. Son œuvre continue aujourd’hui de susciter des interprétations opposées : pour certains une fiction spirituelle marquante, pour d’autres le témoignage sincère d’une expérience de transmigration et de la mémoire d’un passé ancien.

Tuesday Lobsang Rampa, occupant le corps de Cyril Hoskin depuis la transmigration d’âme.
Tuesday Lobsang Rampa, occupant le corps de Cyril Hoskin depuis la transmigration d’âme.

Le livre intitulé « L’Ermite », publié en 1971, constitue le douzième ouvrage de Lobsang Rampa et la source du récit présenté ici. Dans cet ouvrage, Lobsang Rampa rapporte le témoignage qu’un vieil ermite lui confia lors de leur rencontre, alors qu’il était encore jeune. L’ermite lui révéla avoir vécu un contact extraterrestre et expliqua qu’il lui avait été demandé de conserver ce récit toute sa vie, afin de le transmettre le jour où la personne destinée à le recueillir apparaîtrait.

Selon ses propres paroles, l’ermite avait été choisi en raison de sa mémoire exceptionnelle, de type eidétique, encore renforcée par une intervention technologique des entités qui l’avaient enlevé, afin qu’il puisse restituer fidèlement les événements très longtemps après les avoir vécus. Les visiteurs avaient prévu qu’une personne croiserait sa route au moment opportun pour recueillir ce témoignage (ils lui ont même dit que cette personne serait placée sur Terre pour des missions et serait guidée vers lui pour recueillir son témoignage, et qu’il la reconnaîtrait quand le moment serait venu), et cette personne fut Lobsang Rampa. Le contact n’était donc pas fortuit, mais orienté vers la transmission future de ce message.

Dès le début de leur rencontre, l’ermite explique qu’il a survécu pendant des années dans des conditions de vie extrêmement rudes uniquement pour accomplir cette mission. Sentant ses forces l’abandonner et sa fin approcher, il perçoit l’arrivée de Lobsang Rampa comme une délivrance : il peut enfin transmettre l’intégralité de ce qu’il a vu et vécu, puis quitter ce monde. Son expérience date de 60 ans avant son récit à Lobsang Rampa qui ne peut être daté précisément mais date probablement des années 1920 à 1930 une fois qu’il sera ordonnée moine.

Citation du prologue du livre : « Lobsang est l'élève d'un vieil ermite aveugle qui lui inculque sa sagesse ; il découvre ce qui en est à propos de ceux qui tout d'abord introduisirent la vie sur cette Terre, et qui sont connus comme les ‘Jardiniers de la Terre’. Nous ne sommes pas la seule planète habitée dans notre - ou tout autre - système solaire et galaxie. Ce livre nous apporte également de véritables éclaircissements sur l'identité de Moïse et Jésus-Christ, qui étaient en fait des messagers. »

Extrait du livre : « Jeune homme, reprit le vieillard d'une voix cassée, mon heure est proche. Je dois d'abord te transmettre mon savoir. Mon esprit sera libre ensuite de se rendre vers les Champs Célestes. Tu auras la charge de transmettre cette connaissance à d'autres. Alors, écoute bien ; rappelle-toi tout et SANS DÉFAILLANCE."

Le jeune moine approuva d'un signe de tête, oubliant que le vieillard ne pouvait pas le voir ; puis, se ressaisissant, il dit : "Je vous écoute, Vénérable Maître, car ma mémoire a été formée afin de ne rien oublier." Après s'être ainsi exprimé, il s'inclina et s'assit, attentif. »Citation du prologue du livre : « L'auteur de l'ouvrage qui suit déclare que son livre est d'une véracité absolue. Certaines personnes, enlisées dans le matérialisme, préféreront peut-être ne voir ici qu'une oeuvre de fiction. Le choix que vous allez faire est strictement le vôtre : vous pouvez croire ou ne pas croire, tout dépendra de votre évolution. Quant à moi, je n'ai PAS l'intention d'en discuter ou de répondre à toute question pouvant s'y rapporter. Le contenu de ce livre, comme celui de TOUS mes autres livres, est VÉRIDIQUE. »

Époque et lieu du contact :

Au vu du contenu du livre « L’Ermite », des indications internes du récit et de la chronologie générale de la vie de Lobsang Rampa, on peut seulement proposer une estimation, car aucune date explicite n’est donnée dans le texte.

Dans le récit, Rampa indique qu’il rencontre l’ermite alors qu’il est encore jeune, durant sa période de formation monastique au Tibet. Cette phase correspond généralement à la fin de son adolescence ou au début de l’âge adulte, avant les événements majeurs qui marquent sa vie ultérieure.

Selon la chronologie interne de ses livres (Lobsang Rampa serait né au début du XXème siècle avant sa transmigration d’âme dans le corps de Haskin), cette période se situe approximativement entre la fin des années 1920 et le début des années 1930. L’ermite déclare par ailleurs vivre dans la caverne depuis plus de soixante ans au moment du récit.

En croisant les indications internes du récit avec l’estimation précédente, on peut proposer une approximation cohérente, mais là encore aucune date explicite n’est donnée dans le texte.

On obtient donc une période approximative autour de 1860 -1875 pour le contact initial de l’ermite avec les entités et leur vaisseau. Il s’agit d’une estimation déduite du récit, avec une marge d’incertitude, car le texte ne fournit pas de datation précise.

Le contact initial se situe dans une région montagneuse isolée du Tibet, dans l’Himalaya, à proximité d’une caverne ensuite façonnée pour lui par les êtres du contact, où l’ermite mènera une vie d’ascèse. Le texte décrit un environnement de haute altitude, rocheux, froid, éloigné de toute habitation humaine, typique des zones reculées de l’Himalaya tibétain.

Publication de l’histoire :

Le livre de Lobsang Rampa a été publié en anglais en 1971 sous le titre « The Hermit ». Il y a eu de nombreuses éditions ultérieures du livre avec des apparences variées de couverture.

Il a été traduit très rapidement en français et là aussi publié dans de nombreuses éditions avec de nombreuses apparences variées de couverture sous le titre « L’ermite », dont l’une des versions récentes a pour ISBN 978-2268012865.

"The Hermit". Edition Corci.
"The Hermit". Autre édition.

Différentes éditions (non exhaustives) du livre original en anglais « The Hermit » par Lobsang Rampa.

"L'ermite", les éditions de L'homme.
"L'ermite", les éditions du Rocher.
"L'ermite", les éditions J'ai Lu.

Différentes éditions (non exhaustives) du livre traduit en français « L’ermite » par Lobsang Rampa.

Comment a eu lieu le contact :

Le soleil frappait fort dehors, sur le lac bleu et les rochers, mais dans la caverne l’air restait frais et la lumière, filtrée par les feuillages, arrivait verdâtre et douce. Le jeune moine Lobsang Rampa entra, s’inclina, et demanda à être instruit. L’ermite aveugle, maigre et immobile sur son bloc de pierre, le fit asseoir sans hâte. La caverne ne contenait presque rien : un peu de paille pour dormir, une écuelle, une robe safran en lambeaux, un moulin à prières. Le silence s’étira, comme si l’homme demeurait tourné vers des années disparues.

Il avait été mutilé à Lhassa. Dans sa jeunesse, des fonctionnaires chinois l’avaient saisi, interrogé et torturé, puis lui avaient crevé les yeux parce qu’il refusait de livrer des secrets qu’il n’avait pas. Aveugle, couvert de plaies, il s’était arraché à la ville en rampant d’abord, puis en marchant de nuit pour éviter les hommes. Il avançait seul, porté par une obstination intérieure et une amertume qui l’empêchait de revenir en arrière. Pendant des semaines, il ne vécut que de maigres herbes, d’écorces, de plantes rares, et de l’eau des sources qu’il repérait au son. Lentement, les pires blessures se fermèrent ; ses orbites cessèrent de suinter. Mais plus il montait, plus la montagne se vidait : l’air se raréfiait, le vent devenait coupant, la nourriture introuvable. Il dut ramper et tâtonner pour arracher de quoi calmer la brûlure de la faim.

Un jour, son bâton frappa une barrière, un mur compact sans brèche. Dans un accès de rage, il frappa encore, comme s’il voulait briser l’obstacle par la seule force du désespoir. Il tenta d’écarquiller ses orbites vides, puis s’effondra et perdit connaissance au pied de cette muraille. Le froid et l’air raréfié le vidèrent de sa chaleur. Un temps passa. Il entendit des pas sur la roche, des voix dans une langue inconnue. Son corps fut soulevé et emporté. Un son métallique résonna, et un vautour qui guettait une carcasse s’envola, déçu.

Dans la caverne, l’ermite affirma au jeune moine qu’on l’avait envoyé là parce qu’il devait accomplir un grand dessein. Lui-même devait transmettre ce qu’il savait, comme on le lui avait enseigné autrefois. Il disait avoir été emporté, alors qu’il était jeune, et instruit en prévision d’un jour précis : celui où il remettrait ce savoir à un autre. Après cela, son destin serait accompli et il pourrait mourir en paix. Quand il prononça ces mots, son visage sembla s’éclairer de l’intérieur et ses doigts accélérèrent le mouvement du moulin à prières.

Le jeune moine, lui, luttait contre la faim. L’ermite le devina et sortit un petit paquet laissé pour lui par son “honorable guide” : des gâteaux venus de l’Inde et du lait de chèvre, un luxe à côté de l’orge broyée et de l’eau. L’ermite refusa de partager, insistant pour que le jeune mange et se repose : il devait, disait-il, aller un jour au-delà des montagnes, dans le vaste monde. La nuit passa, le jeune dormit d’un sommeil lourd, puis se réveilla inquiet d’avoir manqué l’office de minuit. L’ermite lui répondit qu’ici il n’y avait pas d’offices : l’homme suffisamment évolué peut célébrer en lui-même, sans se rassembler comme un troupeau.

Au matin, l’ermite reprit. Il disait porter une connaissance que les prêtres jaloux de leur pouvoir et certains prétendus savants avaient, depuis des temps anciens, étouffée. Il exigea une attention absolue : son heure approchait, et le jeune devrait retenir chaque détail. Le moine affirma que sa mémoire avait été formée pour ne rien oublier.

Dans la caverne, la vie se résume au strict minimum. Le jeune moine doit préparer sa tsampa et rendre le sol habitable en allant chercher du sable fin au lac, charge après charge, pour recouvrir la terre battue. La misère est visible dans chaque détail : une robe unique usée, pas de sandales, une couverture en lambeaux, une simple écuelle, un petit sac d’orge, une vieille boîte à amulettes cabossée, et même l’absence d’un moulin à prières personnel. Les marques brûlées sur le crâne rappellent aussi une existence de discipline et d’épreuves.

L’ermite vit dans une austérité encore plus dure : il n’a ni pierre à feu, ni amadou, ni couverture, et avoue n’avoir pas réussi à faire un feu depuis plus de soixante ans. Son quotidien repose sur des gestes de survie et sur l’aide du jeune moine, qui doit apporter eau et sable, nettoyer, et moudre l’orge avec une lourde pierre sur un rocher creusé. L’ermite confie qu’après plus de quatre-vingts ans de tsampa, il rêve d’un autre goût avant de mourir, tout en craignant qu’une nourriture inhabituelle ne le tue.

La rareté du confort apparaît aussi à travers les épisodes extérieurs : l’arrivée d’un marchand apporte provisoirement du thé et de l’orge, et au camp des caravaniers le jeune moine découvre une vraie chaleur, une nourriture plus riche et des chants. Plus tard, une trouvaille fortuite devient un trésor : un récipient métallique oublié, qui permettrait enfin de chauffer de l’eau. Même cette possibilité dépend de la chance, et le jeune moine doit encore amasser le bois voyage après voyage pour nourrir le feu.

Pendant la période où le moine était avec le vieil ermite, à un moment, un petit moine messager apparaît, apportant thé et orge. Il raconte la mort récente d’un ermite isolé plus haut dans la montagne, mort de soif après la disparition de son gardien. Cette nouvelle conduit le jeune moine à réfléchir à la vie extrême des ermites murés vivants : enfermés dans une cellule sans lumière, nourris d’une poignée d’orge et d’un bol d’eau tous les deux jours, privés de parole, ils endurent faim, soif, hallucinations, hypersensibilité des sens, affaiblissement du corps et dérèglement de l’esprit. Lorsque toutes les sensations sont dominées, leur conscience, disent-ils, se libère et voyage dans le plan astral, reliée au corps par la « corde d’argent ».

L’ermite savoure la chaleur du feu et du thé chaud que lui fait le jeune moine, chose qu’il n’avait pas connue depuis des décennies, et confie qu’il ne sort jamais, la cécité rendant l’extérieur trop dangereux. Le vieillard savoure les thés chauds donnés par le jeune moine comme un luxe après des décennies d’austérité, admettant qu’il n’a jamais su allumer un feu seul et qu’une tentative passée lui avait brûlé la robe et laissé des cicatrices.

Pendant les échanges qu’ils auront ensemble, l’ermite finira par faire une confession au jeune moine : il dit attendre la fin de sa transmission d’expérience qui lui avait été confiée, pour pouvoir laisser la vie s’éteindre et rejoindre un état où il retrouvera la vue. L’ermite parle des années interminables dans l’obscurité totale, sans ami, sans feu, sans chaleur, et sans présence humaine lors des orages, quand le tonnerre secoue la montagne et que des rochers dégringolent en menaçant de l’emmurer. Il explique n’avoir jamais pu s’éloigner : depuis qu’il a été conduit là, il ne dépasse pas la zone où il est assis. Il a peur de tomber au lac, il ne voit rien, et la lumière du soleil, après tant d’années dans la caverne, lui brûlait la peau ; même l’habitude de sortir au soleil a fini par disparaître.

L’ermite, habitué au pire, dit qu’à son arrivée il a même dû manger les petits arbres qui poussaient près de la caverne, avant qu’on ne commence à lui apporter parfois de la nourriture.

L’ermite décrivit alors ce qu’il considérait comme la première chose nette après son évanouissement : il se retrouva étendu sur un lit moelleux. Il n’avait plus faim. Il se sentit en meilleure forme, au point de palper ses bras et ses mains comme s’il avait retrouvé une part de son corps perdu. Pourtant, il ne voyait toujours rien. Une voix, différente de celles de son peuple, lui parla et lui demanda s’il se sentait bien. Puis cette voix lui dit qu’ils auraient voulu lui rendre la vue, mais que ses yeux avaient été entièrement enlevés et qu’ils ne pouvaient pas réparer cela. On lui demanda de se reposer, et il sombra de nouveau dans le sommeil.

Plus tard, des carillons d’une douceur inconnue le réveillèrent. Une présence posa un bras autour de ses épaules et lui dit de se lever : on allait le guider. Il fut conduit dans une grande pièce où il percevait la respiration de plusieurs personnes et le froissement de leurs vêtements. On lui indiqua de s’asseoir et l’on plaça sous lui un objet étrange. Il pensa d’abord qu’on le voulait au sol, comme le font les gens sensés (note : les tibétains ont l’habitude de s’assoir à même le sol sur un coussin ou non), mais faillit tomber : il y avait une sorte de plate-forme rembourrée sur quatre pieds, avec un appui derrière le dos (note : il semble ne jamais avoir vu de fauteuil sur des pieds). Il comprit, aux rires retenus autour de lui, que ces êtres s’asseyaient ainsi. Il avouait s’y être agrippé, craignant de basculer, tant cela lui semblait instable.

La même voix lui parla alors sans détour. Ils se présentaient comme les “Jardiniers de la Terre”. Ils voyageaient parmi les univers, plaçaient des personnes et des animaux sur différents mondes. Les humains, disait-elle, avaient gardé d’eux des légendes : “dieux du ciel”, “chars de feu”. Ils voulaient lui donner des informations sur l’origine de la vie sur Terre afin qu’il les transmette, plus tard, à une personne qui parcourrait le monde et consignerait ces faits. Il était temps, selon eux, que les hommes apprennent la vérité sur leurs “dieux”, avant qu’eux-mêmes ne commencent une “deuxième phase”.

L’ermite protesta, terrifié : il n’était qu’un pauvre moine, et il ne comprenait pas pourquoi on lui parlait de choses à “montrer” alors qu’il était aveugle. On lui répondit de se calmer, que tout s’éclaircirait avec le temps et la patience. Ils ajoutèrent qu’ils l’avaient amené là grâce à leur science, qu’ils l’avaient choisi pour son exceptionnelle mémoire, qu’ils allaient même l’améliorer, et qu’ils savaient tout de lui.

Autour, une discussion s’enflamma dans une langue incompréhensible, avec des voix d’une variété qui le stupéfia : certaines très aiguës, d’autres graves et tonitruantes, d’autres encore avec des sons aigres ou déchirants. Il se demanda quels êtres pouvaient produire de telles harmoniques. La peur le reprit : il s’imagina plus en danger encore qu’avec ses tortionnaires, et il resta assis, impuissant, agrippé à son siège. Le tumulte grandit, comme une foule proche de la violence. Une voix, devenue familière, le rassura : ce n’était qu’une assemblée du Conseil, aucun mal ne lui serait fait. Ils discutaient seulement des meilleurs moyens de l’enseigner.

Il s’étonna que des êtres de “haut rang” se chamaillent comme des bouviers de yaks. On rit de sa remarque, puis on lui répondit que, quel que soit le rang, il y a toujours désaccord, toujours débat, et qu’il faut défendre ses opinions pour ne pas devenir un automate. Une discussion libre peut paraître violente à qui n’en comprend pas le sens. La même voix ajouta alors un détail qui, pour lui, dépassait tout : il n’y avait pas seulement des races différentes, mais des êtres venus de plusieurs mondes. Certains viendraient du système solaire, d’autres de galaxies très lointaines. Certains seraient des “nains”, d’autres des “géants” atteignant jusqu’à six fois la taille des plus petits.

Remarque : le récit de l’Ermite au jeune moine se fait en plusieurs temps. Après le premier temps de récit, le moine sort à l’extérieur de la caverne. En longeant le lac pour regagner la caverne, il leva les yeux vers le ciel. Très haut, une lueur brillante glissa silencieusement à travers la nuit. Il hésita, se demanda s’il venait d’apercevoir un “chariot des dieux” ou autre chose, puis rentra dans l’ombre de la caverne, où l’ermite l’attendait pour reprendre l’enseignement.

L’ermite disait qu’il vivait un événement qui tenait du miracle et qu’il devait, faute de repères, se remettre entièrement à ceux qui le tenaient entre leurs mains. Puis, quelqu’un lui parla dans sa propre langue. On le poussa doucement et on lui ordonna de s’asseoir. Il sursauta de frayeur : il eut l’impression de s’enfoncer dans un lit de plumes. Le siège l’enveloppa, soutint son corps comme un nid moelleux, avec des sortes de bras latéraux destinés à retenir celui qui se laisserait aller. Il sentit que la personne en face de lui s’amusait de sa panique, comme si son handicap prêtait à rire.

La voix reconnut sans détour sa peur et lui promit qu’aucun mal ne lui serait fait. Elle affirma que des tests avaient révélé chez lui une mémoire eidétique prodigieuse, et que c’était précisément pour cela qu’on allait lui transmettre des informations qu’il n’oublierait jamais, afin qu’il les retransmette plus tard à quelqu’un qui croiserait sa route. On lui annonça alors qu’il “verrait” le passé, la genèse de son monde, l’origine des dieux, et la raison pour laquelle des chariots de feu traversent le ciel. L’ermite protesta : on lui avait arraché les yeux, il était aveugle. La réponse fut sèche : ils savaient tout de lui, et le nerf optique existait encore ; grâce à leur science, ils pouvaient se “brancher” dessus pour qu’il voie ce qu’ils décideraient de lui montrer. Quand il demanda si cela lui rendrait la vue pour toujours, on refusa net : ils l’utilisaient pour une fin précise et ne pouvaient pas le laisser repartir dans le monde avec un appareil trop avancé pour la science terrestre. On mit fin à la discussion, et l’on annonça l’arrivée d’adjoints.

Il entendit frapper, puis un glissement métallique, et sentit que deux personnes entraient. Son siège se mit en mouvement. Il voulut se lever, mais découvrit avec horreur qu’il ne pouvait pas bouger, pas même un doigt. Toujours conscient, il fut déplacé dans ce siège qui glissait sans effort, le long de couloirs où les sons se répercutaient d’une façon étrange. Un virage brusque, puis des odeurs inhabituelles l’assaillirent. On l’arrêta, on le saisit par les jambes et sous les bras, on le mit debout, puis on le coucha. Sa terreur monta quand on serra fortement son bras droit au-dessus du coude jusqu’à le sentir gonfler, puis quand quelque chose le piqua à la cheville gauche et sembla s’insinuer “dans son corps”. On posa ensuite deux disques glacés sur ses tempes. Un bourdonnement lointain se fit entendre, et il perdit progressivement conscience.

Alors commencèrent des visions de couleurs fulgurantes, des traînées vertes, rouges, violettes, comme des éclairs qui passaient devant ses “yeux”. Il se mit à crier, persuadé d’être dans un pays de démons venu le tourmenter. Une douleur brève, comme une piqûre, dissipa soudain sa panique. On lui parla dans sa langue : on réglait des appareils pour qu’il puisse voir, et on lui demanda quelle couleur il percevait. Il répondit au fur et à mesure, jusqu’au moment où il poussa un cri d’étonnement : il voyait réellement, mais de manière si étrange qu’il ne comprenait pas ce qu’il contemplait.

Il expliqua que sa vue ne semblait plus “dans son corps”, puisqu’il pouvait se voir lui-même. Il se retrouva mi-étendu, mi-assis, sur une plate-forme métallique surélevée, soutenue par un pilier unique, ce qui lui inspira une crainte instinctive de basculement. La pièce lui parut immense et d’une propreté irréelle. Les murs, faits d’un matériau luisant, étaient d’une nuance verdâtre apaisante. Il distingua aussi des appareils massifs impossibles à décrire avec ses mots.

Des êtres se tenaient là, et leur aspect le secoua violemment. L’un d’eux, près d’une machine, lui sembla gigantesque : environ quatorze pieds, avec une tête conique, chauve, terminée comme la pointe d’un œuf, vêtu d’une robe verte tombant du cou aux chevilles. Détail qui le frappa : les manches couvraient jusqu’aux poignets et leurs mains semblaient recouvertes d’une peau spéciale, comme un enduit. Il imagina un geste religieux ou une crainte d’être contaminés par lui. Il crut distinguer aussi deux femmes : l’une aux cheveux très foncés et crépus, l’autre aux cheveux très clairs, raides et blancs. Il passa vite, affirmant que ce sujet lui importait peu.

Puis il vit une créature qui le stupéfia davantage : un être minuscule, comme un corps d’enfant de cinq ans, mais avec une tête énorme, chauve, une boîte crânienne démesurée, un petit menton, une bouche triangulaire, un nez réduit à une sorte de crête. Il comprit que ce petit être semblait le plus haut placé, car les autres lui manifestaient respect et déférence.

Une voix, dans sa langue, lui demanda alors de regarder devant lui et de vérifier s’il pouvait se voir. Un homme d’apparence “normale” entra dans son champ de vision : habillé, il aurait pu passer pour un marchand, voire un commerçant indien. Il lui montra une substance très brillante. L’ermite comprit qu’il s’agissait d’un réflecteur, ajusté en angle. Et là, il se vit : allongé sur la plate-forme, réduit à une silhouette émaciée, presque mourante. Un bracelet entourait un bras, un autre une cheville, avec des tubes reliés à des dispositifs inconnus. Un tube sortait même d’une narine et se raccordait à une bouteille transparente fixée sur une tige métallique.

Le plus choquant se trouvait sur sa tête : au-dessus du front, plusieurs pièces de métal étaient fixées, d’où partaient des cordelettes conduisant en majorité vers une boîte posée sur une tablette près de lui. Il en conclut que son nerf optique était prolongé jusqu’à cette boîte. Immobilisé, incapable de bouger, il assista à tout en tremblant. Quand l’homme “normal” allongea la main vers la boîte noire, l’illusion fut si parfaite qu’il crut qu’on lui mettait les doigts dans les yeux. En réalité, l’homme déplaça légèrement la boîte, ce qui modifia son champ visuel. Il put voir derrière lui deux autres personnes, relativement normales : l’une blanche, l’autre jaune “comme un Mongol”, qui restaient debout, impassibles, presque blasées.

On lui expliqua alors les règles : cette boîte serait sa vue pour un court laps dse temps. Il serait nourri par certains tubes, d’autres évacueraient ses déchets et rempliraient des fonctions internes. Il ne lui serait pas permis de bouger, par crainte qu’en délire il n’arrache les électrodes ou ne se blesse. On le maintenait immobilisé pour sa protection, et on le renverrait ensuite ailleurs au Tibet, en meilleure santé, “normal”, sauf qu’il resterait sans yeux. On ajouta qu’il ne pouvait évidemment pas se déplacer en transportant la boîte noire. Puis l’homme recula, et l’ermite continua à observer une agitation de personnes, des instruments étranges, des petites fenêtres rondes recouvertes de verre, derrière lesquelles une aiguille bougeait vers des signes incompréhensibles.

Le temps s’écoula dans une sorte de transe. L’ermite sentit des changements subtils dans son corps. Il remarqua qu’une personne tournait des protubérances sur une multitude de tubes de verre montés sur une charpente métallique ; en même temps, les aiguilles derrière les petites fenêtres se mirent à bouger différemment. Le petit être à grosse tête dit quelque chose, puis l’homme qui lui parlait dans sa langue annonça qu’ils allaient l’endormir pour qu’il se repose. Il perdit aussitôt conscience, comme si une fonction avait été suspendue d’un simple geste.

Il se réveilla tout aussi brusquement, mais sa vision artificielle ne fonctionnait plus : il était redevenu aveugle. Il entendit des bruits de métal et de verre, puis un glissement métallique, puis le silence. Il resta là à réfléchir, tiraillé entre émerveillement et anxiété, jusqu’à ce que des pas secs et saccadés approchent. Le glissement métallique retentit encore, et deux personnes, qu’il déduisit être des femmes, arrivèrent en parlant vite et aigu. Elles s’arrêtèrent de part et d’autre, et, à sa terreur, retirèrent l’unique couverture qui le recouvrait. Immobilisé, impuissant, il se retrouva nu, nu comme à la naissance, sous les yeux de ces femmes inconnues. Il avoua être un moine ignorant tout des femmes et éprouver une peur intense devant elles.

Il dit que le pire suivit : elles le tournèrent sur le côté et lui enfoncèrent un tube dans une partie de son corps qu’il refusait de nommer, puis il sentit un liquide entrer en lui au point de croire qu’il allait éclater. Elles placèrent ensuite un récipient glacé sous lui. Il s’abstint de décrire la suite, mais affirma qu’elles lavèrent entièrement son corps, avec une familiarité qu’il jugea effrontée, et qu’il ressentit chaleur et confusion. Des tiges de métal le pénétraient ; on retira les tubes de ses narines pour les remplacer brutalement. On le couvrit ensuite d’un tissu du cou jusqu’aux pieds. Il sentit un arrachement au cuir chevelu, puis on lui appliqua sur la tête une substance collante et irritante. Pendant tout cela, elles babillaient et gloussaient, comme inconscientes de l’humiliation qu’il ressentait.

Le glissement métallique revint, puis des pas plus lourds. Les femmes se turent. L’homme qui lui parlait dans sa langue demanda comment il se sentait. L’ermite répondit avec colère qu’il se sentait au plus mal : ces femmes l’avaient déshabillé et avaient abusé de son corps d’une manière outrageante. Son interlocuteur éclata de rire, puis expliqua calmement qu’il fallait le laver, évacuer ses déchets, le nourrir, remplacer tubes et électrodes par des pièces stériles, et vérifier les incisions sur son crâne en refaisant les pansements. Il ajouta qu’il ne garderait que de légères cicatrices.

À ce moment, l’ermite, dans la caverne, montra au jeune moine son crâne et ses cinq marques : des dépressions nacrées d’environ cinq centimètres chacune. Le jeune moine les observa, bouleversé, et frissonna à l’idée de ce qu’avait représenté un tel traitement.

L’ermite reprit en disant qu’il n’était pas rassuré. Il demanda pourquoi ces soins avaient été confiés à des femmes, et pourquoi des hommes ne s’en étaient pas chargés. Son interlocuteur se moqua de sa pudeur : là-bas, la nudité ne signifiait rien, et hors service ils se promenaient souvent nus. Le corps était, selon eux, le temple du Sur-Moi et donc pur ; la pudeur venait de pensées lascives. Les femmes n’avaient fait que leur devoir : c’étaient des infirmières formées à ces tâches.

Il protesta ensuite contre l’immobilisation et l’interdiction de voir, qu’il qualifia de torture. On lui répondit qu’il ne pouvait bouger parce qu’il risquerait d’arracher les électrodes, de se blesser ou d’endommager les appareils. On ne lui laissait pas la vision en continu pour qu’il ne s’y habitue pas : puisqu’il redeviendrait aveugle en repartant, le laisser voir jusqu’au départ serait une torture bien pire, et cela lui ferait perdre les facultés tactiles que les aveugles développent. Il n’était pas là pour son plaisir, mais pour écouter, voir, et devenir le dépositaire d’un savoir destiné à être retransmis à un autre. Ce savoir, précisa-t-on, devrait normalement être écrit, mais ils craignaient de déclencher une nouvelle frénésie de “livres sacrés” et d’écritures saintes. Un jour, le contenu serait écrit ; pour l’instant, il devait retenir qu’il était là pour mener à bien leurs projets, pas les siens.

Il raconte sa révolte : comment s’intéresser à ce qu’on lui montre si on le traite en captif, pire que la poussière, pire qu’un corps destiné aux vautours. Son interlocuteur, ébranlé, fait les cent pas, puis annonce qu’il va consulter un supérieur. Il utilise un objet dur d’où sortent des sons mécaniques comme une parole étrangère. Après cette discussion, la décision tombe : on va tenter d’obtenir sa coopération par la compréhension, en lui montrant la pièce et en lui rendant la vue.

La vision revient de manière maladroite : son champ visuel est mal orienté, il voit le dessous du nez de l’homme, les poils des narines le font rire malgré lui. Puis quelqu’un a déplacé la “boîte” qui sert à voir, et le monde se met à tourner, provoquant nausée et vertige. L’homme s’excuse : il aurait dû couper avant de tourner l’appareil. Quand tout se stabilise, l’ermite se voit lui-même, cadavérique, bardé de tubes et de sondes, paupières closes. Il comprend qu’il repose sur une table d’opération : une plaque métallique sur pilier unique, des pédales à sa base, des bouteilles de verre pleines de liquides multicolores. L’homme actionne les pédales et lui fait sentir, dans son ventre, l’inclinaison, la rotation, l’élévation. On lui montre aussi la salle : métal vert lisse, sans joints visibles, sans angles, comme si murs, sol et plafond se fondaient. Une cloison glisse avec un roulement métallique ; une tête étrange apparaît, inspecte et disparaît ; le mur se referme.

Sur un panneau, il voit des petites fenêtres avec aiguilles, des marques rouges et noires, puis de plus grandes surfaces rectangulaires d’où sort une lueur bleuâtre. Des taches lumineuses y dansent. Une ligne brun-rouge ondule en rythmes, comme une “danse du serpent”. L’homme lui explique que ces instruments le mesurent lui : signaux, données liées à neuf ondes cérébrales et à l’électricité de son cerveau, preuve de capacités mentales élevées et de mémoire exceptionnelle. On lui montre la verrerie : des dispositifs qui nourrissent son corps par les veines, filtrent le sang, évacuent d’autres déchets, et préparent sa santé à supporter le choc psychique de ce qu’on va lui faire voir. L’homme le rabaisse brutalement : face à eux, il n’est qu’un sauvage ignorant, et leurs gestes quotidiens lui paraîtront miracles. Le risque existe, mais ils le prennent.

Pour le convaincre, l’homme appuie sur un bouton. De petits trous diffusent des sons amplifiés : les battements de son cœur deviennent si forts que la verrerie tinte ; puis viennent gargouillis de liquides, sifflements de gaz, bruits de chutes et d’éclaboussures. On lui dit : ce sont les bruits de son corps, et ils savent tout de lui. L’ermite répond avec mépris : ce n’est pas un miracle, eux aussi savent amplifier des sons, eux aussi savent détacher l’âme du corps et la ramener. L’homme se moque de sa résistance, et l’ermite affirme alors ce qui compte pour lui : il ne coopérera que s’il est convaincu d’être face au bien, sinon il luttera contre leurs buts. On lui rétorque qu’ils lui ont sauvé la vie. Il répond que c’est peut-être la cruauté suprême : rendre à un aveugle une existence de faim et de dépendance, le maintenir captif pour des desseins étrangers, le traiter comme une proie paralysée, le livrer aux soins de femmes, prolonger sa souffrance au lieu de le laisser partir.

Cette dureté semble produire un effet. L’homme va au mur, appuie sur un bouton noir. Une lumière devient brouillard, puis un visage apparaît en couleurs. L’homme parle dans sa langue baroque. La tête se tourne vers l’ermite, sourcils levés, sourire inquiétant, puis l’image se dissout, aspirée dans le mur. L’homme revient vers l’ermite, satisfait : sa fermeté lui a gagné le droit de voir ce qu’aucun autre de son monde n’a vu. Il renouvelle l’appel : une jeune femme apparaît brièvement, reçoit des ordres, observe l’ermite, puis disparaît.

L’homme annonce qu’il va lui montrer des lieux de son monde et lui demande ce qu’il souhaite voir. L’ermite n’a jamais voyagé ; il cite Kalimpong. L’autre s’agace et lui propose Berlin, Londres, Paris, Le Caire. Ces noms ne lui disent rien. Alors l’ermite pose sa condition : montrer Lhassa, la Porte de l’Occident, la cathédrale, le Potala. Là, il connaît, et pourra juger si l’appareil est réel ou une illusion.

On apporte alors un grand dispositif : une énorme boîte semblant flotter, sans poids mais difficile à manœuvrer. On la pousse dans la pièce ; un heurt fait basculer sa “boîte à voir”, et l’ermite doit subir une nouvelle crise de vertige. Finalement, on place l’appareil contre un mur, face à lui. Le technicien annonce un problème : impossible de montrer Lhassa, trop proche pour obtenir la mise au point. L’ermite refuse d’en discuter ; l’autre insiste, propose Bombay, Calcutta. Refus : trop loin, sans intérêt. La dispute reprend. Le technicien, désespéré, s’agenouille devant la boîte, en ouvre la face : une grande fenêtre, puis des lumières, des tourbillons, une image fuyante où une forme pourrait rappeler le Potala, ou n’être que fumée. Le technicien s’en va furieux. L’homme explique alors, avec effort, leur limite : trop près, pas de mise au point, comme un instrument incapable de voir net ce qui est à distance trop courte. L’ermite ne comprend pas ce mot de “télescope” et conteste : Lhassa exige des jours de marche. L’autre, au bord de la crise, tente une comparaison simple : quand on tient un objet trop près des yeux, il devient flou. C’est cela, dit-il en criant presque : ils ne peuvent pas régler l’image à si courte distance.

L’expérience est déjà déroutante : il a le sentiment d’avoir sa tête à un endroit et sa vue plusieurs mètres plus loin, greffée à un appareil. Pourtant il insiste, car l’incohérence le heurte : on lui promet de voir des villes à l’autre bout du monde, mais pas son propre pays. Pour vérifier par lui-même, il demande qu’on place un objet devant la “boîte à vision”, afin de constater ce fameux problème de distance.

Le ravisseur accepte immédiatement. Il cherche un support, prend une feuille translucide couverte d’une écriture inconnue, feuillette d’autres papiers, puis revient, visiblement satisfait, en dissimulant quelque chose derrière son dos. Il approche un document tout près de l’appareil : l’ermite ne perçoit qu’un flou confus, avec une zone claire et une zone sombre. Le ravisseur, sûr de son effet, le fait reculer très lentement. Et là, l’ermite comprend : ce qu’il voit se forme peu à peu en portrait. Un portrait de lui-même, allongé sur la table, entouré des hommes qui manœuvrent la grande boîte noire. La surprise le bouleverse et, avec elle, la honte d’avoir l’air stupide, paysan, captif regardant la scène comme un animal ébahi. Le ravisseur recommence l’expérience pour graver la leçon : image nette à distance, brouillage immédiat dès qu’on rapproche trop près de la boîte. Puis il montre une feuille imprimée de mots, que l’ermite distingue parfaitement tant qu’elle reste à la bonne distance, avant qu’elle ne redevienne illisible dès qu’on la rapproche. Le ravisseur conclut : leur grand appareil fonctionne sur le même principe, capable d’embrasser le monde entier mais impuissant sur ce qui se trouve à environ quatre-vingts kilomètres. Une distance trop courte, comme l’objet trop proche des yeux.

Démonstration faite, le ravisseur tient sa promesse : il va montrer Kalimpong. Les lumières de la pièce s’atténuent jusqu’à une lueur froide de crépuscule himalayen. Derrière la grosse boîte, des mains s’activent. Des scintillements apparaissent dans la “fenêtre” du dispositif, puis un paysage se dessine. L’ermite voit les hautes cimes de l’Himalaya, une caravane de marchands sur une piste, un petit pont de bois surplombant un torrent furieux. La scène se déroule comme une observation aérienne, avec une stabilité et une lenteur de survol, comme si l’appareil flottait au-dessus du terrain. Puis le ravisseur manipule encore, l’image se brouille, accélère, se stabilise à nouveau, et l’ermite franchit une étape intérieure : ce qu’il contemple n’est pas une simple image. Il le décrit comme un trou dans le ciel ouvrant sur le réel.

Kalimpong apparaît alors distinctement : maisons, rues bondées, marchands, lamaseries, lamas en robe jaune, moines en robe rouge. L’ermite peine à se repérer, car son seul souvenir remonte à l’enfance et à une vision à hauteur d’homme ; ici il observe depuis le ciel. Le ravisseur surveille ses réactions, puis, après une nouvelle bascule de la “fenêtre”, annonce le Gange. L’ermite reconnaît le fleuve par des images vues autrefois dans des magazines apportés par des marchands indiens. La surprise s’amplifie : il ne fait pas que voir, il entend aussi. Il entend des chants, et comprend pourquoi en distinguant un corps étendu près de l’eau, aspergé d’eau du Gange, puis conduit vers le bûcher funéraire. Il voit la foule innombrable dans le fleuve, la nudité sur les rives, ce spectacle qui lui jette au visage une chaleur de gêne mêlée d’éblouissement, tandis que son regard se perd dans l’architecture en terrasses, les temples, les colonnes, les grottes. Il se sent dépassé, comme si son esprit se brouillait sous l’excès du réel.

Le ravisseur fait alors surgir Berlin. L’ermite sait vaguement que c’est une ville d’Occident, mais sans résonance intime. Ce qu’il voit le frappe pourtant : des bâtiments très hauts, uniformes, une profusion de verre, des routes dures, et surtout deux tiges métalliques incrustées dans la chaussée, parfaitement parallèles. Il ne comprend pas leur fonction jusqu’à l’apparition de deux chevaux tirant une boîte métallique sur roues, roulant précisément sur ces rails. La boîte s’arrête, des gens descendent, d’autres montent. Un homme, devant le cheval, plante une tige de métal dans le sol, puis la boîte repart et bifurque sur d’autres rails. Le moine reste fasciné par ce véhicule, avant de remarquer les passants : des hommes vêtus de vêtements extrêmement ajustés, et surtout ces chapeaux en forme de bol inversé. Il observe ensuite les femmes, dont certaines lui paraissent enveloppées dans un vaste tissu sombre au point qu’il croit, un instant, qu’elles n’ont pas de jambes.

Le regard glisse ensuite vers un défilé : une rue large, un groupe de musiciens, des instruments brillants, des hommes corpulents au visage rougeauds, en uniformes martiaux. L’ermite éclate de rire devant leur marche raide et affectée, genoux levés presque à l’horizontale. Le ravisseur nomme la chose : le pas de l’oie, marche militaire allemande. Puis l’image bascule encore : Moscou, la Russie des tsars. La neige recouvre tout. Des véhicules inconnus circulent, dont un cheval attelé à une plateforme sur des lames métalliques glissant sur la neige. Les gens portent des fourrures, soufflent de la vapeur, paraissent bleuis par le froid. Il contemple des murs imposants, puis des dômes bulbeux semblables à des oignons renversés. Le ravisseur parle du palais du tsar. Il désigne aussi une rivière, la Moskova, où circulent des bateaux de bois à grandes voiles molles, propulsés à la perche.

Après cette avalanche de visions, l’ermite se cabre. Il reconnaît la merveille, mais demande l’utilité : que cherche-t-on à lui prouver ? Et une inquiétude plus profonde, tenue à l’arrière-plan depuis des heures, s’impose soudain : qui est cet homme ? Est-il Dieu ? Le ravisseur, pris de court, répond par une comparaison : que dirait un moine gardien de yaks si un yak lui demandait qui il est ? L’ermite saisit l’ouverture et répond avec sérieux : il tenterait d’expliquer, il dirait qu’il est moine chargé de veiller sur eux, qu’il les considère comme frères malgré la forme, qu’il croit à la réincarnation et aux tâches assignées sur Terre avant de rejoindre les Champs Célestes et des sphères plus élevées. Le ravisseur le félicite, admet sa surprise devant son intelligence et sa fermeté, et confesse que lui-même n’aurait peut-être pas une telle résolution en captivité.

Fort de cette reconnaissance, l’ermite exige une réponse réelle. Il rappelle les insultes reçues : sauvage, barbare, esprit inculte. Il rappelle aussi l’essentiel : il a avoué son ignorance, il a demandé à apprendre, et on se contente de l’impressionner. Il réclame la vérité : qui est-il ? Le ravisseur se dérobe, non par mépris cette fois, mais par impossibilité, dit-il, de traduire sa position dans les mots et concepts tibétains. Il affirme qu’il a une fonction comparable à celle des lamas médecins du Chakpori : responsabilité du corps physique, préparation à recevoir une somme de connaissances. Avant d’être “rempli” de ce savoir, discuter de son identité serait inutile. Il ajoute que leurs actes visent le bien d’autrui, et qu’un jour, quand l’ermite comprendra leurs desseins, il changera d’avis. Puis il coupe la vue et quitte la pièce, le laissant retomber dans la nuit totale de la cécité.

L’ermite décrit alors cette nuit intérieure avec une intensité brute. Il se rappelle le martyre du moment où les Chinois lui ont arraché les yeux, et les illusions lumineuses qui persistent même sans globes oculaires. À présent, sachant qu’un appareil est branché sur son nerf optique, il croit d’autant plus à ce qu’il a vécu. Privé de vue, il ressent ce mélange étrange de chatouillement et d’engourdissement dans la tête, comme un reste mécanique et nerveux. Seul, il récapitule et frôle l’idée d’être mort ou fou. Mais sa formation religieuse le sauve : il discipline ses pensées, freine sa raison, laisse le sur-moi reprendre la main, et réinterprète l’épreuve comme une réalité totale où des puissances supérieures l’utilisent pour des desseins suprêmes. La panique s’apaise, la paix l’enveloppe comme une couverture de laine de yak, et il sombre dans un sommeil profond, sans rêves.

Il est réveillé par une sensation de basculement et un son métallique. Tout bouge : sa table, la verrerie attachée qui tinte, des voix autour de lui, aiguës et graves, étrangères. La table glisse sans bruit, comme si elle flottait, et suit un couloir jusqu’à une grande caverne où l’écho trahit de vastes volumes (leur vaisseau est caché dans une montagne du Tibet, il n’est pas en orbite ou en vol). Puis un dernier balancement et la table se stabilise sur un sol rocheux. L’ermite est stupéfait : comment passe-t-on d’une salle de métal à ce qui semble être une caverne ? Il entend un babillage continu dans une langue inconnue. Une main le touche, la voix du ravisseur revient : on va lui rendre la vue, il est assez reposé. Un grattement, un cliquetis, des couleurs qui tournent, des éclairs, un dessin sans sens. On lui demande s’il voit. Il décrit seulement des lignes sinueuses, des couleurs mouvantes, des lumières aveuglantes. On ajuste, des bruits métalliques s’entrechoquent, les lumières clignotent, l’orgie de motifs se stabilise, et soudain il voit vraiment.

Il se trouve dans une caverne gigantesque, haute d’environ soixante mètres, dont la longueur et la largeur se perdent dans l’obscurité. La caverne ressemble à un amphithéâtre : des gradins occupés par une assemblée d’êtres que son imaginaire religieux associe aux dieux et aux démons. Au centre flotte un objet plus étrange encore : un globe suspendu, dans lequel il reconnaît le monde, tournant lentement, éclairé au loin comme la Terre par le soleil. Le silence se fait. Il détaille la diversité : de petits hommes et femmes d’une beauté parfaite, auréolés de pureté et de sérénité ; des humanoïdes à tête d’oiseau, mains écailleuses et griffes ; des géants humains d’une taille inimaginable ; d’autres dont le sexe paraît indécidable. Tous le fixent, et cette attention le rend minuscule, écrasé.

Un personnage hiératique, assis comme un dieu austère, parle dans cette langue étrangère. Le ravisseur se précipite et annonce qu’il va lui permettre de comprendre : il insère des petits appareils dans ses oreilles, règle un bouton près du cou, et l’ermite entend et comprend. La merveille est immédiate, mais elle se retourne contre lui : il comprend les mots, mais pas la hauteur des concepts. Il n’est pas équipé mentalement pour suivre ce qui se dit. Le ravisseur, inquiet, l’interroge. L’ermite avoue : il ne saisit que des mots simples, le reste le dépasse. On consulte un personnage important près du trône du “Très Grand”. Deux hommes viennent à lui. Le ravisseur lui ordonne d’expliquer au Major ses difficultés. Le mot le confond : il ignore ce que c’est. Le “Major” lui parle, vérifie qu’il comprend, puis diagnostique le problème : le traducteur automatique n’est pas adapté à son métabolisme ni à ses ondes cérébrales. On remet cela à plus tard : le Chirurgien Général, qui est le titre de son ravisseur, corrigera et préparera la prochaine séance. Le Major dit qu’il expliquera ce retard à l’Amiral. Ces titres n’ont aucun sens pour l’ermite, mais ils révèlent une hiérarchie.

Pendant ce temps, l’assemblée continue de discuter : on parle d’approvisionnements, une femme proteste violemment, l’homme corpulent poursuit. Le ravisseur, irrité, revient vers l’ermite. Il lui dit que l’ermite l’a déshonoré par son incapacité à comprendre quoi que ce soit, et qu’il avait répliqué aux autres que l’ermite était un sauvage ignorant. Furieux, le chirurgien général lui arrache les appareils des oreilles et lui coupe la vue. La table est évacuée sans ménagement, cahotée dans le couloir, bruit de métal, impression de chute, choc au sol : retour dans la salle de métal. La porte glisse. L’ermite reste seul, brûlant de honte, persuadé d’avoir confirmé l’idée qu’ils se font des Tibétains : des sauvages incapables de répondre, comme un yak auquel on aurait prêté une intelligence qu’il n’a pas. Il sue, ruminant dans la noirceur.

C’est alors que reviennent les femmes techniciennes, rieuses, enthousiastes, qu’il décrit avec dégoût et humiliation. Elles le dénudent, le roulent, glissent sous lui un drap glacé enduit d’une substance collante, le tirent sans douceur, le frottent avec des solutions irritantes, l’essuient rudement. Elles explorent et sondent ses parties intimes, introduisent des instruments. Puis vient une manipulation plus brutale encore : torsions, pliures, pétrissage des muscles comme une pâte, phalanges enfoncées dans la chair, souffle coupé. On lui écarte les jambes, on lui enfile de longues manches de laine sur les pieds et les jambes, puis on le redresse par le cou, le pliant à la taille, et on lui attache un vêtement sur le torse et l’abdomen.

Sur son cuir chevelu, on étale une mousse nauséabonde, et un bourdonnement infernal commence, assez fort pour lui faire claquer des dents. Il a l’impression d’être tondu comme un yak. On pose un tube très rugueux sur sa tête, avec une sorte de brume. La porte s’ouvre, des voix d’hommes arrivent. Le ravisseur parle dans sa langue et annonce une opération : exposer le cerveau, installer des électrodes. Les mots lui échappent, mais il comprend qu’un nouveau supplice commence. Odeurs étranges, silence, métal qui s’entrechoque, liquides. Une piqûre dans le biceps. On lui saisit le nez et on lui enfonce un tube par la narine jusqu’à la gorge. Des piqûres autour du crâne l’anesthésient. Puis un sifflement aigu et une machine effroyable mord son crâne : une scie qui rampe, une vibration qui traverse tout son être. Il sent que le sommet de son crâne est sectionné, ne tenant plus que par une languette de chair. La terreur est absolue, mais il se force à ne pas céder, décidé à rester immobile même face à la mort.

Des effets neurologiques surviennent : il pousse un cri viscéral sans raison, ses doigts tressautent de tics, une envie d’éternuer impossible. Et soudain, l’irréel : il voit son grand-père maternel, vêtu comme un fonctionnaire, souriant et lui parlant. Le choc le frappe immédiatement : comment regarder quand on n’a pas d’yeux ? L’apparition s’évanouit quand il crie. Le ravisseur se penche, demande ce qui se passe, et banalise : ils stimulent des centres du cerveau pour qu’il comprenne mieux. Selon lui, l’ermite a des capacités, mais la superstition l’a abruti ; ils “ouvrent” son esprit, dit-il, pour son bien.

On lui replante brutalement les appareils auditifs, puis un déclic change tout : il comprend la langue, et plus seulement les mots, mais le sens, la structure, les implications. Il comprend des termes médicaux, comme s’ils étaient devenus natifs en lui. Il réalise qu’on modifie sa base intellectuelle, qu’on “améliore” ses facultés. Mais l’épreuve est épuisante, interminable, saturée de questions et d’observations, et lui ne souhaite plus qu’échapper à cette salle d’odeurs et de métal, où on lui a ouvert le sommet du crâne comme un couvercle.

Le ravisseur reste près de lui et lui annonce alors un élément décisif de son destin : après ce traitement, il sera condamné à vivre en ermite pendant une longue vie, à cause de perceptions accrues. Personne ne vivra jamais avec lui. Et seulement vers la fin, un jeune homme viendra recueillir tout ce savoir emmagasiné, pour le conserver et peut-être le révéler à un monde incrédule. Quand le traitement s’achève enfin, la calotte crânienne est remise en place, fixée par des attaches métalliques, et une bande de tissu entoure sa tête. Tous quittent la pièce, sauf une femme qui reste de garde mais se met à lire, laisse tomber son livre, puis s’endort en ronflant. L’ermite, épuisé, conclut qu’il va dormir lui aussi, comme si, après l’humiliation, la chirurgie et les visions, il ne restait plus que ce refuge minimal : le sommeil.

Remarque : Interrogé par le jeune moine sur l’origine de la caverne, l’ermite révèle qu’elle fut creusée spécialement pour lui par les êtres venus d’un autre monde. Il décrit un transport silencieux sur une plate-forme volante et l’usage d’un appareil capable de « vaporiser » la roche, laissant des parois vitrifiées comme fondues. Dans la chambre intérieure, un mince filet d’eau lui permet de survivre, complété par l’orge ou, en cas de disette, par du lichen.

Durant son séjour parmi ceux qu’il appelle les « hommes d’un autre monde », après l’opération qu’ils pratiquèrent sur son cerveau, il ressent d’abord une clarté mentale nouvelle et une mémoire parfaite, capable de revivre toute sa vie depuis la naissance. Il se souvient aussi des tortures subies par les Chinois avant son enlèvement.

Le « docteur », chirurgien du vaisseau, lui explique qu’il se trouve à bord d’un navire spatial commandé par un amiral, accompagné d’officiers et de soldats. L’ermite subit ensuite soins, manipulations et traitements médicaux, parfois brutaux, destinés à accélérer sa guérison. Il apprend que la flotte se tient dans une région montagneuse du Tibet, utilisant d’anciennes cavités volcaniques comme base, reliées aux vaisseaux par des passages aménagés.

Face au chirurgien du vaisseau, l’ermite explique qu’il ne cherche pas à provoquer, mais seulement à comprendre, se sachant prisonnier comme autrefois entre les mains des Chinois. Après hésitation, le chirurgien révèle que les siens se considèrent comme les « Jardiniers de la Terre » et d’autres mondes. Ils n’expliquent pas leur nature aux humains, pas plus qu’un jardinier ne discute avec ses fleurs, car de anciens contacts auraient eu des effets désastreux et engendré les légendes de la Terre.

Humilié d’être comparé à un être inférieur, l’ermite demande pourquoi ils le retiennent. La réponse est directe : ils utilisent sa mémoire exceptionnelle, qu’ils perfectionnent pour en faire un réceptacle de savoir destiné à être transmis à un visiteur à la fin de sa vie. Sur cet aveu, un dispositif est actionné et l’ermite sombre immédiatement dans l’inconscience.

Durant sa captivité sur le vaisseau, il décrit d’abord une longue période d’heures confuses, durant laquelle la perception du temps se dissout : il oscille entre hébétude, peur, souvenirs de sa vie antérieure et inquiétude sur son avenir, incapable de voir et de bouger. Pendant ces intervalles, des femmes reviennent régulièrement pour lui infliger des soins qu’il ressent comme brutaux : elles lui plient et tordent les membres, manipulent sa tête, pétrissent et frappent certaines zones du corps, puis lui font des injections. Il insiste sur son refus de leur laisser la satisfaction de le voir réagir à la douleur. Des groupes d’hommes entrent aussi, discutent autour de lui, puis repartent, comme s’il était un objet d’étude.

À un moment, une intervention plus précise survient autour de son crâne : il ressent des déchirements aigus, des manipulations internes, et il entend soudain une phrase en tibétain annonçant qu’on va le “réanimer”. Un bourdonnement se fait entendre, s’interrompt avec un déclic, et l’ermite retrouve instantanément une lucidité complète, une sensation de pleine vitalité. Il tente de s’asseoir mais constate que sa paralysie demeure. On l’interroge : il confirme entendre et, surtout, s’étonne que plusieurs voix lui parlent désormais dans sa langue. Il apprend alors que ce n’est pas eux qui ont appris le tibétain : c’est lui qui comprend “leur” langue, comme si ses capacités linguistiques avaient été modifiées.

Dans la pièce, une discussion s’ouvre sur la manière de l’appeler. Il reconnaît le chirurgien, et comprend que l’Amiral exige qu’il reçoive un nom officiel. Divers surnoms sont proposés, certains offensants et dégradants, puis le chirurgien tranche : puisqu’il est moine, on l’appellera simplement “Moine”. Un accord collectif est acté, accompagné d’applaudissements. Ensuite, l’ermite surprend des conversations triviales et crues entre les hommes à propos des femmes, ce qui lui confirme la diversité de tempéraments et de statures parmi cet équipage. Il souligne qu’une telle variété de tailles et de traits le trouble, car elle ne correspond pas à ce qu’il connaît des peuples de la Terre.

Le groupe se disperse. Le chirurgien reste un instant et annonce qu’on le ramènera bientôt dans la “Chambre du Conseil” située dans la montagne, en lui demandant de ne pas craindre ce qui va venir. Resté seul, l’ermite est rattrapé par une réminiscence obsédante : le souvenir de sa torture par les Chinois, attaché au mur, menacé, puis aveuglé de façon atroce, les yeux arrachés, avant d’être jeté vivant sur un tas d’ordures. Puis c’est sa fuite à l’aveuglette dans la nuit, guidé seulement par son orientation, jusqu’à s’éloigner de Lhassa. Ce rappel sert de contrepoint : la violence humaine qu’il a connue explique sa vigilance et son mélange de défiance et de résistance.

Quand des hommes reviennent, il perçoit une mise en place technique. On installe un dispositif appelé “Antigravité” sur sa table : la table s’élève, devient maniable comme si elle avait perdu son poids, mais reste sensible aux mouvements et aux changements de direction. Il est déplacé dans un couloir métallique au son particulier, sort du vaisseau et réintègre la vaste salle creusée dans la roche. Il reconnaît une ambiance de foule et de rassemblement, comparable pour lui aux grands espaces publics de Lhassa. On dépose finalement sa table au sol. On lui annonce que le “Chirurgien Général” va venir.

Le chirurgien arrive. L’ermite réclame qu’on lui rende la vue, ou du moins la “vue artificielle” qui lui permettrait d’observer ce qu’on veut lui montrer. Le chirurgien refuse : il doit accepter sa cécité et obéir. L’ermite argumente qu’il ne peut mémoriser et témoigner des “merveilles” promises sans voir. La réponse reste autoritaire : ils donnent les ordres, il exécute. Autour, l’atmosphère change : les déplacements se raréfient, la foule se fige, comme si une autorité supérieure entrait.

Une voix militaire impose le silence, puis un discours solennel commence : l’Amiral annonce que l’ermite est jugé suffisamment rétabli et “endoctriné” pour être préparé à l’accès à une “Connaissance du Passé”. Il précise qu’il existe un risque réel : si l’indigène meurt durant l’expérience, il faudra en capturer un autre, ce qui est présenté comme une tâche pénible. L’Amiral critique ensuite l’ancien système consistant à transmettre des vérités par des écrits confiés à des figures saintes : ces documents auraient été idolâtrés, mal interprétés, et auraient favorisé superstition, castes et faux enseignements. Il dépeint les humains comme ignorants de la réalité cosmique, persuadés d’être la forme de vie suprême, incapables d’admettre des intelligences supérieures. Il affirme l’abondance des mondes habités, et présente la durée de vie de son peuple comme immensément supérieure à celle des humains.

Le cœur du discours porte sur une inquiétude stratégique : selon lui, dans un délai d’environ un demi-siècle, les humains toucheront aux secrets de l’atome et pourraient détruire leur monde, provoquant une contamination radiative susceptible de polluer l’espace. Pour prévenir ce risque, les “Sages” auraient ordonné de capturer un humain adéquat et de modifier son cerveau afin qu’il puisse se souvenir parfaitement de tout ce qu’on va lui enseigner. L’ermite serait conditionné pour ne transmettre ce savoir qu’à une seule personne, “placée” plus tard sur Terre, chargée de diffuser des faits réels sur les formes de vie au-delà de la Terre. Il est présenté comme un “récepteur” et un “gardien” du message, et non comme l’enseignant final. L’Amiral justifie aussi le choix du Tibet : société théocratique pacifique, peu d’agression, faible violence envers les animaux, population vivant selon des préceptes de non-nuisance. Un individu provenant d’un milieu moins “développé” serait, selon eux, moins facilement discrédité que quelqu’un de célèbre dans une société moderne.

Une opposition interne intervient alors : une voix décrite comme rauque, inquiétante, difficile à genrer, se présente comme celle du “Biologiste Doyen”. Il conteste la pertinence de l’opération, parle de perte de temps, et soutient une solution radicale : exterminer les humains et “réensemencer” la planète comme cela aurait été fait autrefois. L’Amiral, sans céder, lui demande des arguments. Le biologiste développe une critique centrée sur les femelles humaines, jugées “défectueuses” : fertilité, auras, réactions psychologiques. Il donne un exemple d’enlèvement récent d’une femme, mentionnant déshabillage forcé, insertion de sonde, crise d’hystérie, perte de connaissance, puis effondrement mental, et conclut qu’ils ont dû “la détruire”, ce qui aurait coûté des jours de travail. Ce passage déclenche chez le jeune moine, qui écoute dans la caverne, une horreur manifeste, renforcée par un phénomène de familiarité troublante : certains éléments du récit réveillent en lui des impressions qui ressemblent à des souvenirs enfouis, comme si les paroles de l’ermite agissaient comme un déclencheur.

L’ermite reprend ensuite la scène dans la salle. Il dit ressentir une disparition de la peur et une montée de détermination. Il intervient à voix haute, s’adressant à l’Amiral, et critique le biologiste : il le juge moins civilisé, affirmant que, chez les siens, on ne supprime pas les êtres jugés inférieurs. La réaction de l’assemblée le surprend : applaudissements, approbation, et même un avertissement discret d’un technicien l’invitant à ne pas aller trop loin. L’Amiral valide publiquement : cette prise de parole prouverait que “Moine” est sensible et apte à sa mission, et il affirme vouloir consigner ces observations. Le biologiste se retire, manifestement impopulaire, et l’atmosphère se détend.

L’Amiral revient alors au programme : il explique que la Terre est un “terrain d’essais” pour diverses formes de créatures, que les humains se dégradent en “avortons”, et que leur développement technologique les mène au danger. Il expose ensuite la méthode nouvelle : une connexion directe à ce qu’il appelle les Archives Akashiques. L’idée est qu’un individu placé dans un appareil spécial pourra “voir” le passé et le vivre comme présent, avec impressions sensorielles et émotionnelles complètes. Le cerveau de cet individu servirait de relais : les membres de l’assemblée participeraient à l’expérience “par personne interposée”, comme si tous étaient transportés dans l’époque observée. L’Amiral admet ne pas maîtriser tous les principes, mais insiste sur le caractère rare de l’événement et sur la nécessité de respecter, au moins en théorie, le caractère sacré de la vie. Il demande aussi qu’on n’oublie pas que l’ermite, même utilisé comme instrument, possède intelligence et sentiments, et qu’il est, pour eux, “la créature la plus précieuse” de ce monde à cet instant.

Il ajoute un point central : l’objectif n’est pas de “sauver” la Terre directement. Il décrit une démarche en plusieurs étapes visant à diagnostiquer une “maladie” du monde liée à l’Aura, à convaincre les humains de leur état, à susciter un désir de guérison, à comprendre la nature exacte du mal, puis à proposer et faire accepter une cure. Mais il affirme qu’un autre devra venir, pas originaire de la Terre, car un monde malade ne peut s’auto-diagnostiquer correctement. L’ermite comprend alors clairement sa place : il n’est pas celui qui corrigera l’humanité, seulement le dépositaire d’un savoir destiné à être transmis selon un plan.

Après ce discours, des préparatifs techniques reprennent autour de sa table. Le chirurgien lui demande comment il se sent, et l’ermite répète sa frustration : sans vision, comment assister à l’expérience. Le chirurgien annonce alors la procédure : un “bonnet” de fils métalliques sera ajusté sur sa tête, froid au contact ; des éléments similaires à des sandales métalliques seront fixés à ses pieds ; les fils sont déjà en place vers les bras. Il prévient d’un chatouillement initial, d’un inconfort passager, puis d’une absence de douleur, et promet des soins, soulignant que l’expérience est trop importante pour échouer. L’ermite réplique que c’est lui qui risque sa vie. Le chirurgien s’éloigne, fait un rapport : l’indigène est prêt. L’Amiral autorise le début. On entend un déclic, une exclamation étouffée ; des mains soulèvent sa tête, lui enfilent le sac de maille métallique sur le visage, l’attachent sous le menton et autour du cou, puis frottent ses pieds d’une lotion nauséabonde avant de les glisser dans des “sacs” métalliques. L’ermite décrit l’enfermement des pieds comme particulièrement gênant, et la tension générale comme extrême.

Remarque : à la fin de cette partie du récit, l’état de santé de l’ermite se dégrade. Épuisé, il bascule en arrière et s’évanouit. Le jeune moine reste d’abord figé, puis agit rapidement. Il va chercher un remède caché derrière un rocher, verse quelques gouttes entre les lèvres du vieillard, puis lui soutient la tête sur ses genoux et masse doucement ses tempes. Le vieil homme reprend progressivement connaissance, félicite le jeune moine pour son sang-froid et demande à se reposer. L’ancien veut économiser ses forces pour achever sa mission.

Pendant le repos de l’ermite, le jeune moine rumine brièvement l’idée, entendue dans le discours, que les humains ne seraient que des mauvaises herbes ou des animaux de laboratoire. Il refuse intérieurement cette réduction, affirmant que certains font de leur mieux et que l’épreuve sert à s’élever. Puis ils dorment tous deux.

Au lever du jour, un refroidissement brutal s’installe : vent continu, lac agité, ciel bas, puis descente rapide d’un brouillard opaque qui efface le paysage et infiltre la caverne. L’humidité et la grêle finissent par étouffer presque totalement le feu, tandis que le tonnerre roule dans la vallée et que des chutes de pierres, puis une avalanche, font trembler le sol. Dans cet air glacé saturé d’eau, le vieil ermite se met à grelotter ; sa robe en lambeaux et la couverture humide ne le protègent plus, et l’inconfort se transforme en vraie détresse physique, au point qu’il doit être rapproché des braises pour récupérer un peu de chaleur.

Face à ces conditions, l’ermite laisse affleurer une préoccupation plus profonde : l’hiver à venir lui paraît trop dur pour un corps déjà épuisé, mais il pense ne pas avoir à l’endurer jusqu’au bout. Il associe la fin de sa mission à la fin de sa vie, comme si la transmission devait lui ouvrir le droit de “partir”. Il parle de sa mort comme d’une délivrance attendue, liée à la promesse de retrouver la vue, et décrit l’attente comme une épreuve : décennies d’obscurité, de solitude, sans présence humaine lors des tempêtes, avec la crainte d’être un jour emmuré vivant par des éboulements. Le mauvais temps agit donc comme un déclencheur : il aggrave son état et ravive l’idée que sa fin approche, et que tout doit être transmis avant que ses forces ne cèdent.

Il confie ensuite le contraste qui le hante : être assis ici comme le plus démuni des démunis, tout en portant en lui le souvenir de merveilles. Il formule une conviction centrale : la vie présente n’est que l’ombre d’une autre vie plus réelle, accessible si l’on accomplit sa tâche. Pour lui, cette certitude n’est pas seulement doctrinale : il dit avoir vu cette autre réalité. Puis il reprend le fil de l’expérience.

A l’instant où l’ordre a été donné dans la salle souterraine, un technicien s’affaire près de sa tête, un déclic retentit, et une violence intérieure le submerge. La sensation est totale : comme si des tourments fulgurants traversaient le corps, comme si la matière gonflait jusqu’à éclater. Il parle d’éclairs déchirant le cerveau, de brûlure insoutenable dans les orbites vides, d’une torsion et d’un déchirement, puis d’un long tourbillon, accompagné d’explosions, d’écrasement et de bruits horribles. L’impression se transforme ensuite en chute, puis en passage dans un long tube noir, tapissé d’une matière laineuse et adhésive, avec au sommet une lueur rouge sang. Il grimpe lentement vers cette lueur, recule parfois, mais une pression inexorable le force à remonter. Arrivé à l’obstacle final, une sorte de membrane l’arrête. Il est projeté contre elle à répétition, la douleur et la terreur augmentent, jusqu’au moment où un hurlement et un bruit de déchirement accompagnent la rupture : la barrière cède, et il est propulsé à grande vitesse à travers.

Après le choc, il perd partiellement conscience. Il se sent encore tomber, et une voix résonne avec insistance : « Lève-toi ». La nausée arrive par vagues, mais l’injonction revient, impérative. Il se force à ouvrir les yeux et à se redresser, et découvre alors une rupture radicale : il n’a plus de corps, seulement une conscience libre, un esprit désincarné, capable d’être là où il pense. Autour de lui, le monde est visuellement incohérent selon ses repères : herbe rouge, rochers jaunes, ciel verdâtre, deux soleils, l’un bleu blanc et l’autre orangé. Les ombres, doubles et impossibles à décrire, sont plus troublantes encore. Par-dessus tout, il voit des étoiles en plein jour, innombrables, de toutes couleurs, au point que le ciel semble saturé comme un sol couvert de cailloux.

Des sons l’attirent, lointains, impossibles à classer : pas de musique au sens connu, mais quelque chose qui en tient lieu. La voix ordonne de se déplacer et de choisir une destination. Il pense à l’endroit d’où vient ce bruit, et il s’y trouve aussitôt : une pelouse rouge bordée d’arbres violets et orangés, un groupe de jeunes gens qui danse, certains vêtus de couleurs extravagantes, d’autres nus sans que cela semble poser question. Sur le côté, des musiciens assis sur des sièges à pattes jouent sur des instruments indescriptibles ; le résultat lui paraît dissonant et faux, sans harmonie compréhensible, tandis que les danseurs manifestent une joie collective. Il comprend qu’il flotte au-dessus, puis se place “au sol” par un effort de volonté. Une femme nue traverse son corps sans réaction : ni elle ni lui n’en sont affectés, ce qui confirme son état immatériel. Il observe des jeux de séduction qui l’embarrassent, des cris de joie derrière un bosquet, et une atmosphère de fête continue.

Il se sent ensuite tiré vers le haut, comme un cerf-volant tenu par une force extérieure. Plus haut, il voit une étendue d’eau d’apparence irréelle, lavande pâle avec des scintillements dorés au sommet des vagues. Il conclut qu’il a dû mourir et se trouver dans un pays intermédiaire, tant les couleurs et les formes lui semblent impossibles. La voix le détrompe : l’opération a réussi, et tout ce qui arrive sera commenté pour qu’il comprenne, car la compréhension est présentée comme vitale.

En prenant de l’altitude, il distingue au loin des lueurs flamboyantes et des formes gigantesques qui l’effraient, puis une architecture rayonnante : de vastes routes partent d’un centre comme des pétales. Des points brillants montent et descendent d’une forme à l’autre. Il plane, incapable de donner sens. Une secousse le projette, accélère sa trajectoire, puis il redescend : des maisons individuelles bordent ces routes, chacune immense et entourée d’un terrain ; des machines métalliques travaillent les champs ; plus loin, un domaine aquatique présente des bancs perforés supportant des plantes énormes, dont les racines trempent dans une eau peu profonde, comme une agriculture par immersion.

Il remonte ensuite et voit la ville de près : des tours immenses, si hautes qu’elles semblent attaquer le ciel, ceinturées de balcons en spirale. Des routes aériennes fines, suspendues sans support apparent, relient les tours en réseau dense. Une circulation rapide y file sans chaos. Des “oiseaux mécaniques” transportent des passagers, se croisent avec une précision qui l’émerveille. L’un d’eux vient vers lui ; un homme à l’avant semble le fixer sans le voir. L’ermite ressent une peur de collision, mais l’appareil traverse son esprit sans le toucher. Il comprend qu’il conserve les émotions d’un corps vivant, même sans corps.

Entre les tours, il observe des jardins suspendus et des espaces de loisir sur des niveaux élevés. Il note aussi une diversité extrême d’êtres : certains géants, d’autres nains ; des humains et des non-humains ; des hybrides à tête évoquant l’oiseau ; des couleurs de peau unies et “primaires”, sans nuances ; des mains avec des nombres de doigts variables, parfois extravagants ; des créatures à cornes et à queue. L’ensemble le dépasse, et il remonte brusquement pour fuir l’angoisse.

À distance, la ville semble sans fin, mais une vaste zone dégagée attire son regard : un espace lisse, semblable à du verre, où l’activité aérienne est intense. Là, il voit des vaisseaux métalliques : sphères, formes de “double bol” bord à bord, et engins en lance qui montent puis se mettent à l’horizontale pour filer vers des destinations inconnues. La foule de mouvements lui donne l’impression que tous les habitants du monde sont réunis au même endroit. La panique le prend : il ignore où il se trouve.

La voix répond en élargissant brutalement l’échelle : la Terre est comparée à un grain de sable ; les mondes habités sont innombrables, et au-delà de ce seul univers existent d’autres univers en nombre incalculable. Le temps terrestre n’est qu’un éclair à l’échelle cosmique, et les distances terrestres n’ont aucun poids face aux distances spatiales. L’ermite est informé qu’il se trouve sur la planète principale d’un groupe de plus d’un millier de mondes habités, liés par allégeance à un Maître. Chaque monde reste autonome mais suit une même ligne de conduite visant à réduire les pires injustices et à améliorer les conditions de vie. Il est dit que les habitants peuvent paraître grotesques, fantastiques ou angéliques, mais qu’il ne faut pas juger à l’apparence, leurs intentions étant uniformément bonnes. Il est aussi expliqué qu’il serait inutile de lui donner des noms, jugés incompréhensibles dans sa langue.

La voix décrit un système politique et moral présenté comme pacifique : pas d’ambitions territoriales, pas de grandes armées, pas de hordes guerrières. Il y a des savants, des commerçants, des prêtres, et des explorateurs chargés d’élargir cette fraternité. Nul n’y est contraint : on y entre sur demande, après destruction des armes. Le monde où il se trouve est qualifié de centre culturel et de savoir, le plus grand du groupe, et on y aurait développé une méthode de voyage nouvelle, liée à des conceptions en plusieurs dimensions jugées hors de portée de la science terrestre actuelle.

La voix précise enfin l’objectif immédiat : lui faire parcourir la planète directrice telle qu’elle est “maintenant”, pour ancrer sa confiance avant de l’envoyer ensuite dans le passé via le registre akashique, jusqu’à la naissance de sa propre planète. L’ermite, cependant, nourrit une suspicion : il perçoit ces discours d’amour fraternel comme un écran, puisqu’il a été capturé contre sa volonté, opéré et arraché à son corps. La voix l’interrompt, affirmant que ses pensées sont perçues par leurs instruments. Elle justifie l’acte par la métaphore du jardinier : retirer le bois mort, arracher les mauvaises herbes, greffer un meilleur bourgeon ailleurs pour qu’il croisse. Elle présente ce qu’il subit comme un honneur rare accordé à très peu. Elle insiste aussi sur l’ancienneté de leur histoire à l’échelle de milliards d’années, et minimise l’existence humaine sur Terre en la comparant à une couche de peinture dans une pièce d’un palais. Elle ajoute que les savants terrestres finiront par déduire l’existence d’êtres extra-terrestres par les probabilités, et qu’une preuve véritable demandera de regarder au-delà des limites de leur univers. Puis elle affirme que son esprit a été temporairement désincarné, projeté vers le centre d’un autre univers, et que, dans l’esprit, temps et distances perdent leur signification. Le programme est annoncé comme ne faisant que commencer.

Après une pause, le jeune moine entretient le feu, ajuste la couverture sur les épaules de l’Ancien, et l’ermite reprend. Il décrit une chute soudaine à travers les niveaux des ponts aériens, jusqu’à un parc surélevé. Là, il observe une coexistence d’herbe rouge et d’herbe verte, deux lacs de couleurs différentes, et un rassemblement d’êtres variés. Il commence à distinguer les natifs de la planète des visiteurs : une supériorité subtile se lit dans leur maintien et leur comportement, comme s’ils avaient conscience de leur statut. Il remarque aussi des différences sexuelles marquées : certains êtres très virils, d’autres très féminins, et un groupe clairement hermaphrodite. La nudité est générale, sauf chez les femmes, qui portent dans leurs cheveux un ornement métallique difficile à distinguer. Troublé par des divertissements qu’il ne comprend pas et qui heurtent son éducation monastique, il s’éloigne.

Il parcourt ensuite rapidement la périphérie : champs et plantations remarquablement tenus, vastes domaines dédiés à la culture hydroponique. Il juge ces détails secondaires, puis cherche un nouvel objectif et découvre un océan de couleur safran. Les rochers du littoral affichent des teintes violettes, jaunes, multiples. Il constate que la mer et les paysages changent de couleur, et comprend pourquoi en levant les yeux : un soleil se couche pendant qu’un autre se lève, et il en arrive à compter trois soleils. Les variations lumineuses modifient la teinte de l’air, l’herbe, la mer, comme un cycle permanent. L’ermite fait un rapprochement avec les changements de couleurs au crépuscule dans l’Himalaya, ce qui rend le phénomène paradoxalement compréhensible.

Il refuse toutefois de rester au-dessus de l’eau : une peur instinctive de la grande étendue le pousse à se rabattre vers la côte. Son esprit suit alors des kilomètres de rivage rocheux, puis des zones agricoles morcelées. Il éprouve un soulagement en survolant un terrain qui lui paraît familier, évoquant des landes. Il descend au ras du sol, observe des plantes en bouquets ressemblant à de petites fleurs violettes sur tiges brunes, puis des plantes comparables à des ajoncs jaunes, mais sans épines. Il remonte légèrement et dérive au-dessus d’une région charmante, sans habitation ni route, avec un vallon boisé, un lac, et une chute d’eau tombant d’une falaise. Il s’attarde sur les ombres mouvantes et les faisceaux lumineux multicolores filtrant à travers les frondaisons, mais la même impulsion le pousse à repartir : il a la certitude de ne pas voyager pour lui-même, mais pour servir de relais à des observateurs.

La vitesse augmente encore. Le paysage défile, puis il est entraîné au-dessus de la mer malgré sa réticence, jusqu’à une autre terre. Les villes y sont plus petites, tout en restant gigantesques selon ses repères terrestres. Le mouvement se freine brusquement, et il se retrouve aspiré dans une spirale au-dessus d’un domaine boisé dominé par un édifice qui ressemble à un ancien château, intact, avec tours et remparts inutiles dans un tel monde. La voix intervient : ce lieu est la résidence du Maître, édifice le plus ancien, sanctuaire où les partisans de la paix viennent méditer et remercier, à l’extérieur des murs. Elle ajoute une caractéristique majeure : la lumière ne s’interrompt jamais, car il y a cinq soleils, les ténèbres y sont inconnues, et leur métabolisme ne requiert pas d’heures d’obscurité pour dormir, contrairement aux êtres de la Terre.

Remarque : Le récit dure dans le temps, et l’ermite et le moine manquent de vivre, surtout à cause d’un accident domestique où les réserves ont été renversées par l’ermite aveugle dans la terre au sol. Ils boivent des infusions d’écorce d’arbre bouillie dans de l’eau pour survivre en attendant qu’un éventuel ravitaillement arrive. Dans la pénombre de la caverne, le jeune moine se sent prisonnier d’un temps immobile, rythmé par l’apprentissage et la survie et il ignore combien de temps il devra rester, peut-être jusqu’à ce que l’ermite n’ait plus rien à transmettre, peut-être jusqu’à devoir accomplir les derniers devoirs autour de la mort du vieillard.

En tant qu’esprit séparé du corps il continue son voyage et il est entraîné loin du château du Maître, interdit aux “indigènes”, puis projeté hors de l’atmosphère vers une ville métallique suspendue dans le vide, vaste comme une grande capitale. Il traverse une enveloppe translucide et entre dans un complexe où des êtres minuscules manipulent des ajustements délicats tandis que des géants accomplissent le travail lourd. Il franchit ensuite une barrière plus redoutable, décrite comme une frontière infranchissable pour les vivants.

Une force le met en mouvement contre sa volonté et le conduit dans une nouvelle salle dominée par neuf écrans, chacun montrant un vieillard barbu, grave et semblable aux autres. D’abord saisi d’un rire nerveux, il est aussitôt rappelé à l’ordre : la voix exige silence et respect, car ces vieillards sont présentés comme les Sages qui président à sa destinée. Bien qu’ils soient conscients de sa présence, ils ne lui accordent aucune attention directe. Sur un des écrans apparaît une vision double et troublante : d’un côté son corps réel, couvert de tubes et de fils comme un objet d’observation, de l’autre lui-même présent “ici”, conscient mais séparé de son corps. Cette coexistence le remplit d’effroi, comme s’il était observé simultanément sur deux plans.

La voix explique que ces Sages, serviteurs d’un Maître plus ancien encore, œuvrent depuis des siècles pour le bien des mondes. Leur mission déclarée est de préserver la Terre d’une autodestruction future, liée à des armes et à une guerre inconnues de son époque, et à une pollution totale qui s’ensuivrait. Elle évoque un monde terrestre en mutation, destiné à découvrir, inventer, et atteindre l’espace dans environ un siècle, ce qui rend leur surveillance nécessaire.

D’un geste, l’un des Sages modifie les images. Les écrans deviennent un vaste système de surveillance : des mondes apparaissent, puis d’autres, des êtres surgissent brièvement, remplacés aussitôt, comme dans un flux continu d’observation. Des dispositifs mystérieux s’illuminent, récipients de verre traversés d’énergies, machines qui cliquettent et expulsent de longs rubans couverts de symboles, tandis que les Sages enregistrent sans cesse, écrivant sur des bandes ou dictant à des disques. Une voix désincarnée répond, sans que sa source soit visible, suggérant un réseau invisible de communication et de contrôle. Tout cela dépasse entièrement sa compréhension et ébranle son esprit, submergé par la multiplicité des images et des phénomènes.

La voix interrompt alors cette vision et annonce qu’il va contempler le passé : d’abord une obscurité et une sensation de rotation, puis la vision de cette même salle dans un temps très ancien, et enfin la formation de l’univers, de la Terre et de l’homme. À peine ces paroles prononcées, il perd connaissance, éprouvant l’impression qu’une partie de lui est suspendue hors du temps.

Lorsqu’il revient à lui, il flotte comme suspendu dans une autre salle semblable mais non identique, devant neuf nouveaux vieillards silencieux. Un écran s’ouvre sur un ciel d’étoiles inconnues, si réaliste qu’il a l’impression d’être dans l’espace.

Sur cet écran il voit une scène cosmique d’une violence extrême. Une immense comète, traînant une queue de feu, surgit et fonce vers un centre obscur, entraînant d’autres mondes dans son sillage. Elle percute un astre mort situé au cœur du système, déclenchant un cataclysme : des planètes sont arrachées à leurs orbites, accélèrent sous l’effet d’une gravitation croissante et se précipitent vers des collisions inévitables. Au moment de l’impact, l’univers entier semble s’embraser. Des tourbillons gigantesques de matière incandescente envahissent l’espace, engloutissant les mondes voisins dans des gaz enflammés jusqu’à ce que tout devienne une masse lumineuse insoutenable. La clarté décroît ensuite lentement, révélant une masse centrale encore en fusion, entourée d’astres plus petits rougeoyants, tandis que des fragments de matière jaillissent et que l’ensemble vibre comme dans les convulsions d’une agonie cosmique. La voix précise qu’il assiste, en quelques minutes, à des processus ayant nécessité des millions d’années. La perspective se resserre alors sur un système stellaire : le soleil central demeure aveuglant, les planètes brûlantes se contorsionnent sur de nouvelles orbites, et l’accélération de la scène donne l’impression d’un univers tournoyant, désorientant totalement l’observateur.

L’image change brusquement. Une vaste plaine apparaît, couverte d’édifices gigantesques aux structures métalliques étranges. Des foules d’êtres convergent vers un immense objet tubulaire d’environ un mile de long, doté de saillies transparentes où l’on distingue des silhouettes se déplaçant à l’intérieur. Un véhicule aérien tractant de nombreuses plates-formes chargées de caisses vient s’arrimer au tube ; les cargaisons sont aspirées à l’intérieur, puis l’engin repart. Le flux de personnes cesse, les ouvertures se ferment. Le narrateur croit d’abord à un temple, mais soudain l’édifice s’élève verticalement, atteint une grande altitude, puis disparaît sans bruit, comme une lame d’argent s’évanouissant dans le ciel. Sur un autre écran, il le revoit immobile au centre d’un champ d’étoiles filant en bandes lumineuses, signe d’une vitesse prodigieuse. L’objet s’approche ensuite d’une sphère brillante, puis la scène bascule vers l’intérieur du vaisseau : une salle de contrôle occupée par des hommes et des femmes en uniforme, certains manipulant leviers et instruments, d’autres observant les écrans. Un personnage plus richement vêtu supervise l’ensemble, consulte des notes et examine des tracés lumineux. Sur les écrans apparaissent des mondes incandescents, fragments tournant autour d’une masse centrale.

Le grand vaisseau, désormais clairement identifié comme spatial, lance alors de nombreux petits disques qui se dispersent avant de revenir. Puis il accélère et regagne sa base, où l’équipage débarque. La vision se déplace vers une vaste salle éclairée faiblement, tapissée d’écrans et remplie d’êtres de différentes couleurs et tailles, assis dans des sièges moulants face à des instruments incompréhensibles. Les Neuf Sages siègent au centre. Les murs dissimulent un réseau dense de fils et de tubes ; de très petits êtres y travaillent avec des outils, aidés par des géants transportant des charges lourdes. Le silence n’est rompu que par des cliquetis mécaniques et le glissement continu d’un ruban sortant d’une machine.

Sur un écran apparaît ensuite une entité étrange, presque minérale, qui se met à bouger et tient une feuille couverte de signes inconnus, vision qui inspire au narrateur une profonde horreur. Puis il voit un monde paradisiaque peuplé d’êtres ailés humanoïdes volant dans un ciel doré. La voix explique qu’ils vivent sur une planète à très faible gravité, trop fragiles pour voyager mais dotés d’une grande intelligence. La scène change encore : un monde bleu envahit l’écran, grossit jusqu’à donner l’impression d’une chute vertigineuse vers une surface couverte d’eau. Un plateau émerge des vagues, avec des bâtiments et des silhouettes humaines. La voix révèle qu’il s’agit d’une “serre” où est préparée la semence d’une nouvelle race, concluant cette succession de visions destinées à lui montrer l’histoire et l’évolution des mondes.

Le jeune ermite dérive d’un écran à l’autre jusqu’à ce que la Voix le recadre et le ramène aux écrans de surveillance du système en formation. La Voix explique qu’une observation à distance ne suffit pas pour analyser un monde ; d’où l’envoi d’expéditions depuis “le cœur de l’empire”, destinées à planifier les mondes à ensemencer et à prévenir les dangers (radiations, instabilité d’un jeune système). L’ermite revoit alors une plaine de départ et un grand vaisseau différent des précédents : un engin en forme de double assiette, brillant comme la pleine lune, ceinturé de hublots ronds et coiffé d’un vaste dôme transparent. Des hommes et des femmes en uniformes, des caisses à leurs pieds, une ambiance presque joyeuse, puis un signal : chacun embarque, des portes se ferment comme un iris, et le vaisseau s’élève, stationne, puis disparaît sans trace.

La Voix commente la propulsion et la traversée : une vitesse qui dépasse la lumière, aucune sensation de chute ni de virage, un vaisseau “monde autonome” protégé des influences extérieures. Elle contredit aussi l’idée d’un vide absolu : l’espace est décrit comme une zone de faible densité, contenant des molécules d’hydrogène si espacées qu’elles semblent pourtant former une “mer” à ces vitesses, avec friction contre la coque et risque d’échauffement. Sur un écran, l’ermite voit le disque filer, laissant une trace bleue presque invisible, et les étoiles se changer en traînées. Puis la Voix saute les “séquences inutiles” et l’image montre le vaisseau ralentissant près de notre Soleil, présenté comme plus grand, plus violent, avec des langues de feu énormes. Le disque orbite plusieurs mondes, puis approche une Terre primitive entièrement noyée sous des nuages. L’ermite voit l’intérieur du vaisseau : un couloir métallique menant à un hangar où attendent de petites répliques du navire principal. Une équipe embarque dans une navette ; un opérateur, derrière une paroi transparente, actionne des boutons colorés au signal d’une lumière verte. Une ouverture s’ouvre dans le plancher comme un iris, et la navette “tombe” dans l’espace, puis plonge sous les nuages.

La descente devient presque immersive : à travers des couches de nuages, ils débouchent sur une journée morne, une mer grise confondue avec le ciel, teintée de lueurs rougeâtres. La navette vole entre mer et nuages, survole d’abord de l’océan, puis une masse de terres montagneuses dominées par des volcans monstrueux crachant flammes et lave, un paysage rouge sombre de près. Après plusieurs tours du monde, elle remonte et retourne au vaisseau principal qui repart vers la base impériale. La Voix s’adresse alors explicitement non seulement à l’ermite mais aussi aux “participants” de l’expérience, via une “rétroaction acoustique”, et décrit la planification sur des durées immenses : étude des rapports, estimation du temps avant l’accueil de la vie, travail coordonné des biologistes et généticiens. Elle détaille la “fabrication” d’un sol fertile à partir de roche pulvérisée, de végétation primitive, de morts et de décomposition, puis la transformation progressive de l’atmosphère grâce à des plantes capables d’absorber des gaz toxiques volcaniques et de produire oxygène et azote. Des espèces sont testées sur un monde proche aux conditions comparables, puis ajustées si besoin.

Le récit déroule ensuite des âges : érosion, vagues, tempêtes, montagnes rabotées, système qui se stabilise, Terre prête pour la première vie. Une troisième expédition est préparée : sélection d’équipages compatibles et sans névroses, vaisseau autonome où l’air est produit par des plantes et l’eau obtenue à partir de l’air excédentaire et d’hydrogène, espèces transportées surgelées. Arrivés en orbite, une navette de reconnaissance descend à nouveau, se pose sur une côte rocheuse. L’équipe enfile des combinaisons intégrales avec globe transparent fixé au col, passe par un sas avec cadran et signal rouge et vert, puis une échelle métallique se déploie jusqu’au sol. Sur place, ils testent le terrain : un homme saute pour éprouver la solidité, plante une sonde, d’autres prélèvent pierres, martèlent le sol, ou collectent des “bandes de verre gluant” mises en bouteilles. De retour, ils subissent une sorte de “décontamination” par lumières colorées, puis des analyses en laboratoire à bord. D’autres navettes apparaissent, déposent des objets sur terre et en mer, puis tout le groupe repart, et ces opérations s’étendent sur des années terrestres, tandis que le temps à bord est présenté comme différent.

Extrait de ce qui est dit à l’ermite : « L'atmosphère d'une nouvelle planète n'est absolument pas respirable par les humains. Les effluves provenant des matières vomies par les volcans contiennent du soufre ainsi que de nombreux gaz toxiques et mortels. Il est possible de remédier à cette situation grâce à une végétation appropriée, qui absorbera les produits toxiques et les rendra à la terre sous forme de minerais inoffensifs. La végétation absorbera les émanations toxiques et les transformera en oxygène et en azote, deux gaz dont les humanoïdes ont besoin pour vivre. C'est ainsi que, pendant des siècles, des scientifiques spécialisés dans plusieurs domaines travaillèrent de concert pour préparer les espèces de base. Puis ces dernières furent placées dans un monde avoisinant où régnaient des conditions similaires à celles qui existeraient sur la Terre. On voulait qu'elles mûrissent et que l'on puisse s'assurer qu'elles donneraient pleine satisfaction. »

Vient alors l’ensemencement : végétation grossière, fougères géantes, puis une “Arche de l’Espace” d’environ un mille de long qui débarque des créatures énormes et terrifiantes, certaines volantes, puis déverse aussi des êtres marins avant de repartir. La Terre se transforme, les espèces apparaissent, se combattent, s’éteignent, et les Sages surveillent à distance. Un épisode décrit une correction de l’orbite : la Terre montre une excentricité dangereuse, oscillant sur on orbite, et un vaisseau spécial émet un faisceau qui fait frissonner et se fendre le continent unique en plusieurs masses dérivantes, créant plusieurs mers et stabilisant la planète par répartition des masses.

Des millions d’années terrestres plus tard, on amène des humanoïdes “violets”

Extrait du livre : « Une fois encore, une expédition en provenance de l'Empire s'approcha de la planète. Cette fois-ci, elle amenait avec elle les premiers humanoïdes de ce monde. On fit descendre du vaisseau d'étranges créatures violettes. Les femmes avaient huit seins, tandis que les hommes — comme les femmes, d'ailleurs — avaient la tête montée directement sur les épaules de sorte que, lorsqu'ils désiraient voir ce qui se passait de côté, ils devaient faire pivoter tout leur corps. Leurs jambes étaient courtes et leurs longs bras descendaient jusqu'en dessous de leurs genoux. Bien qu'ils ne connussent point le feu ou les armes, ils ne cessaient de se battre. Ils vivaient dans des cavernes et dans les branches des grands arbres. Leur nourriture se composait de baies, d'herbes et d'insectes grouillant sur le sol. Toutefois, les Surveillants ne se montraient pas satisfaits, car ces humanoïdes n'étaient que des créatures sans cervelle, incapables de faire preuve d'initiative et ne montrant aucun signe permettant de croire qu'elles évoluaient. »

Pendant le même temps des « vaisseaux de cet Empire patrouillaient constamment dans l'univers contenant le système solaire. Ici aussi d'autres mondes étaient en voie de développement. Celui d'une autre planète évoluait beaucoup plus rapidement que la Terre. »

Sur Terre, ces humanoïdes violets anatomiquement étranges, sont violents et jugés incapables d’évolution ; des patrouilles surveillent, capturent des spécimens, et ils finissent par décider l’extermination de la race par une peste “sans douleur”.

Une nouvelle Arche apporte ensuite d’autres animaux et humanoïdes très différents des précédents violets, répartis selon les régions. La planète continue à refroidir, les glaces apparaissent, la flore change, la vie se stabilise, et une civilisation se développe.

Exrait du livre : « Les Jardiniers de la Terre volèrent autour du globe, visitant une ville après l'autre. Toutefois, certains d'entre eux devinrent trop familiers avec ceux dont ils avaient la charge, ou du moins avec les femmes de ces derniers. Un prêtre pervers, appartenant à la race humaine, parvint à persuader une jolie femme de séduire l'un des Jardiniers et d'ainsi l'amener à trahir des secrets inviolables. Très bientôt, la femme fut en possession de certaines armes dont notre homme avait la garde. Le prêtre se les appropria dans l'heure qui suivit.

Faisant preuve de traîtrise, certains membres de la caste sacerdotale s'appliquèrent à fabriquer des armes atomiques en utilisant comme modèle celle qui avait été dérobée. On se mit à ourdir un complot et l'on invita certains Jardiniers dans un temple, sous prétexte de libations et d'actions de grâces. Là, sur ce terrain sacré, on les empoisonna, on leur vola leur équipement et on lança un assaut violent contre les autres Jardiniers. Au cours de l'engagement, un prêtre fit exploser la pile atomique d'un vaisseau spatial immobilisé au sol. Le monde entier en trembla et ce vaste continent qu'était l'Atlantide sombra dans les flots. Dans des pays fort éloignés, des tornades fendirent les montagnes et déchiquetèrent les humains. De gigantesques vagues se lancèrent à l'assaut des continents, et la vie humaine disparut pratiquement de la surface de la planète. Cette dernière se trouvait presque dépeuplée, à l'exception de quelques créatures terrorisées qui se blottissaient en geignant dans les profondeurs de cavernes isolées.

Pendant des années, la Terre trembla, frissonna sous les effets de l'explosion atomique. Pendant des années, nul Jardinier ne vint inspecter ce monde. Les radiations étaient très fortes et les survivants terrorisés engendrèrent une progéniture subissant des mutations. La flore se trouva affectée par ces changements et l'atmosphère se dégrada. Des nuages rouges et bas se mirent à obscurcir le firmament. »

Finalement, les Sages décrètent une nouvelle expédition de réensemencement « Très longtemps après ces événements, les Sages décrétèrent qu'une autre expédition devait se rendre sur Terre et amener avec elle de nouvelles espèces pour réensemencer leur ‘jardin’ profané. La grande Arche transportant des humains, des animaux et des plantes se mit en route à travers les immensités de l'espace ».

Remarque : A ce moment du récit, l’ermite s’effondre d’épuisement ; le jeune moine le ranime avec quelques gouttes, puis part en urgence chercher de l’aide et de la nourriture à l’ermitage, malgré la faim et la nuit. Après une ascension dangereuse à flanc de falaise, il atteint l’ermitage, explique la situation, reçoit orge, thé, beurre et sucre, mange rapidement et repart aussitôt. Chargé de provisions, il redescend lentement la paroi au clair de lune, traverse la vallée à tâtons et revient finalement à la caverne, épuisé mais porteur de quoi sauver le vieil ermite.

Sous l’effet du thé chaud, du beurre et du sucre, le vieil ermite reprend un peu de force. La nuit glaciale s’achève dans le silence. Quand le jeune moine se réveille, il est meurtri, raide, les muscles froissés, et surtout tenaillé par une faim violente. Au moment de leur maigre repas, le vieil ermite prévient qu’ils devront parler longtemps ce jour-là : il sent que les “Champs Célestes” l’appellent de façon urgente. Il dit qu’il y a une limite à ce que le corps peut endurer et qu’il a dépassé depuis longtemps l’espérance de vie normale.

L’ermite reprend alors le récit des visions imposées par les écrans.

Il décrit d’abord l’apparition d’une Arche immense et lourde, si gigantesque qu’elle aurait pu contenir le Potala, la Cité de Lhassa et les grandes lamaseries (Sera, Drepung). À cette échelle, les humains qui en sortent ressemblent à des fourmis sur le sable. On débarque de grands animaux et des foules d’humains “neufs”, hébétés, qu’il suppose drogués pour éviter les bagarres. Autour d’eux, des hommes équipés d’étranges dispositifs sur les épaules se déplacent dans les airs comme des oiseaux, guidant le bétail humain et animal et le poussant avec des tiges métalliques.

L’Arche fait ensuite le tour du monde, atterrit en divers endroits, et “répartit” la vie. L’ermite insiste sur la diversité qu’il découvre : humains de couleurs variées (blancs, noirs, jaunes), de tailles différentes, aux cheveux noirs ou blancs ; animaux striés, animaux à long cou, animaux sans cou. Il dit n’avoir jamais imaginé une telle gamme de formes et de dimensions. Il mentionne aussi des espèces marines si énormes qu’il lui faut un moment pour comprendre leurs mouvements, avant de constater qu’elles sont, dans la mer, aussi agiles que les poissons des lacs tibétains.

En permanence, des petits navires volent au-dessus des régions : leurs occupants contrôlent l’installation des nouveaux habitants. Ils effectuent des incursions, dispersent les troupeaux, vérifient que humains et animaux sont correctement disséminés sur la planète. Les siècles passent, mais l’homme reste longtemps incapable d’allumer un feu ou même de façonner de grossiers outils de pierre. Les Sages tiennent alors des conférences et décident d’“améliorer” l’espèce : on implante sur Terre des humanoïdes plus intelligents, sachant travailler le silex et produire le feu. Les Jardiniers déposent ainsi des spécimens “nouveaux et virils” destinés à perfectionner l’humanité. Peu à peu, l’homme progresse : outils taillés, puis feu, puis maisons, puis villes. Les Jardiniers circulent parmi les humains, et ceux-ci les prennent pour des dieux descendus sur Terre.

À ce moment, la Voix interrompt : elle juge inutile d’entrer dans tous les détails des troubles de la colonie terrestre et annonce qu’elle ne donnera que les faits saillants, tandis que les écrans montreront des scènes pour aider à comprendre.

La Voix expose alors un conflit majeur : l’Empire, puissant, est attaqué depuis un autre univers par des humanoïdes violents, cornus (des excroissances au niveau des tempes) et pourvus d’une queue. Ils sont décrits comme des guerriers pour qui la guerre est à la fois sport et métier. Leurs vaisseaux noirs fondent dans l’univers et saccagent des mondes récemment ensemencés. S’ensuivent des batailles catastrophiques : certains mondes deviennent désolés, d’autres explosent en nappes de feu ; leurs débris jonchent les routes spatiales et subsistent sous la forme de la “Ceinture d’Astéroïdes”. Des atmosphères sont souillées par les explosions et des populations entières périssent. À un moment, un monde ricoche sur un autre et est projeté contre la Terre : la planète est ébranlée et déplacée sur une autre orbite, ce qui allonge la durée des jours.

La collision provoque des décharges électriques gigantesques entre les deux mondes ; le ciel s’embrase une nouvelle fois. Beaucoup de terriens meurent. Des inondations ravagent la surface ; des Jardiniers, décrits comme compatissants, se précipitent dans leurs Arches pour secourir les victimes, embarquant humains et animaux et les transportant vers des lieux plus sûrs “dans les hauteurs”. Plus tard, ces sauvetages deviennent, dans les traditions terrestres, des légendes inexactes. Dans l’espace, pourtant, la bataille est finalement gagnée : l’Empire écrase les envahisseurs et en capture un grand nombre.

Le chef ennemi, le Prince des envahisseurs, appelé Prince Satan, implore qu’on lui laisse la vie : il prétend avoir beaucoup à apprendre aux peuples de l’Empire et promet de se consacrer au bien. Sa vie et celle de ses principaux lieutenants sont épargnées. Après une période de captivité, il affiche un zèle apparemment sincère pour aider à reconstruire le système solaire, autant qu’il en avait montré pour le profaner. Les chefs de l’Empire, décrits comme pleins de bonne volonté, ne détectent pas la traîtrise. Ils acceptent son offre et lui assignent, ainsi qu’à ses officiers, des tâches sous surveillance.

Sur Terre, les survivants sont traumatisés et décimés par les inondations et les “flammes issues des nuages”. On amène de nouvelles espèces depuis des planètes éloignées où des humains ont survécu. Mais la Terre n’est plus la même : terres et mers ont changé ; l’orbite modifiée bouleverse le climat. Une zone équatoriale torride apparaît, tandis que les pôles se couvrent largement de glace ; des icebergs se détachent et dérivent. De grands animaux meurent soudain de froid, et des forêts disparaissent parce que leurs conditions d’existence ont changé trop brutalement.

Très lentement, les conditions se stabilisent. L’homme recommence à bâtir une civilisation, mais il est devenu trop combatif et persécute les plus faibles. Les Jardiniers continuent d’introduire régulièrement de nouveaux spécimens pour “améliorer” la souche. Un type humain meilleur se dessine progressivement, mais les Jardiniers restent insatisfaits. Ils décident alors qu’un plus grand nombre de Jardiniers doit vivre sur Terre, avec leurs familles. Par commodité, ils installent leurs bases sur les sommets et dans d’autres lieux élevés.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent Izanagi et Izanami : un homme et une femme se manifestent dans leur vaisseau sur une belle montagne d’une terre orientale. Ils deviennent protecteurs et fondateurs de la race japonaise. La Voix, à la fois triste et irritée, souligne qu’une fois de plus les humains inventent des légendes : parce qu’ils formaient un couple et étaient venus dans la direction du soleil, les indigènes les transforment en dieu et déesse solaires vivant parmi eux.

L’ermite décrit ensuite ce qu’il voit sur l’écran : un soleil rouge sang dans le ciel ; un vaisseau brillant, teinté de rouge par les reflets du couchant, semble venir de ce soleil. Il descend, plane, décrit des cercles nonchalants, puis se pose sur un plateau au flanc d’une montagne, au moment où la neige renvoie les dernières lueurs. L’homme et la femme descendent, regardent autour d’eux, puis rentrent dans le navire. En bas, des indigènes “à la peau jaune” restent prosternés, impressionnés, attendant en silence respectueux avant que la nuit ne les engloutisse.

L’image change encore : une autre montagne, dans un pays éloigné. Des vaisseaux apparaissent, survolent, puis descendent en formation et occupent le flanc de la montagne. La Voix commente avec sarcasme : “Les Dieux de l’Olympe.” Elle explique que ces soi-disant dieux, dont fait partie l’ex-Prince Satan, se sont installés sur Terre loin du centre de l’Empire. Les jeunes envoyés pour gagner de l’expérience se laissent détourner par l’ennui et par les exhortations de Satan.

La Voix cite des noms : Zeus, Apollon, Thésée, Aphrodite, les filles de Cadmus, et d’autres. Mercure est présenté comme un messager qui va de vaisseau en vaisseau à travers le monde, colportant des messages et des scandales. Les passions sexuelles dominent : hommes désirant les femmes d’autrui, femmes organisant des embuscades pour obtenir les hommes qu’elles veulent. Dans le ciel, des vaisseaux se poursuivent à grande vitesse : des femmes chassant des hommes, des maris tentant de rattraper une épouse en fuite. Les indigènes, témoins des caprices de ces “dieux”, en concluent qu’ils doivent vivre de la même manière : une ère de débauche naît, où toutes les lois de la décence sont transgressées.

Des indigènes plus rusés s’auto-proclament prêtres et prétendent être la voix des dieux. Les dieux, absorbés par leurs orgies, ne s’aperçoivent de rien. Mais les excès dégénèrent : les meurtres deviennent si nombreux que l’Empire finit par en entendre parler. Les prêtres indigènes consignent les événements par écrit, mais modifient faits et paroles pour accroître leur propre pouvoir. La Voix insiste : l’histoire de la Terre est pleine de récits ainsi falsifiés ; la plupart des légendes ne sont même pas une approximation des faits.

On le déplace devant un autre écran montrant un autre groupe de “dieux” : Horus, Osiris, Anubis, Isis, etc. Là encore, orgies et dérives. Là encore, un ancien lieutenant de Satan cherche à saboter toute diffusion du bien. Là encore, des prêtres écrivent des récits inexacts. Certains indigènes gagnent la confiance des dieux et obtiennent des connaissances interdites, puis fondent une société secrète visant à voler davantage de savoir et à usurper le pouvoir des Jardiniers. La Voix ajoute que cela entraîne des mesures répressives. Des prêtres, ayant volé de l’équipement, perdent le contrôle : une série de plaies s’abat sur la Terre, beaucoup meurent, les récoltes sont touchées.

Puis la Voix décrit Sodome et Gomorrhe comme une “capitale du péché” organisée sous la direction de Satan, où vices et perversions sont tenus pour des vertus. Le Maître de l’Empire avertit Satan de partir ; Satan se moque. On ordonne alors aux habitants les plus respectables de quitter la ville. À l’heure fixée, un véhicule spatial passe seul dans le ciel et laisse tomber un petit paquet : les villes sont anéanties dans les flammes et la fumée. Des nuages en champignon montent ; au sol, ruines, pierres fondues, débris d’habitations éventrées. La nuit, une lueur violette faible éclaire la région. Peu survivent.

Après cet “avertissement”, décision est prise : retirer tous les Jardiniers de la surface et ne plus avoir de contacts officiels. La Terre sera surveillée de loin ; les patrouilles entreront encore dans l’atmosphère, mais sans relations directes. En remplacement, on formera des indigènes spéciaux, “implantés” là où des personnes appropriées les trouveront.

Moïse est donné comme exemple. Une femme est enlevée et fécondée avec une semence portant les caractéristiques voulues. L’enfant à naître est entraîné par télépathie, reçoit de vastes connaissances (à l’échelle d’un indigène) et est conditionné hypnotiquement à ne rien révéler avant le moment prévu. Après la naissance, la formation continue. Puis on place le bébé dans un contenant et, de nuit, on le dépose sur un lit de roseaux pour qu’on le trouve vite. À l’âge adulte, les contacts deviennent fréquents : un petit vaisseau se cache au sommet d’une montagne, dans des nuages naturels ou artificiels. Moïse monte alors à bord et redescend avec un “Bâton de Pouvoir” ou des “Tablettes de Commandement” préparées pour lui.

La Voix explique qu’on a appliqué des stratégies semblables ailleurs. En Inde, on forme le fils d’un prince puissant afin que son prestige entraîne le peuple vers une discipline spirituelle censée élever l’état intérieur. Mais Gautama a ses propres idées ; on le laisse établir sa propre discipline. Encore une fois, disciples et prêtres déforment les enseignements par intérêt. La Voix généralise : sur Terre, des cliques se constituent, se disent prêtres et réécrivent les écritures pour accroître pouvoir et avantages.

D’autres fondateurs religieux sont mentionnés, trop nombreux à citer, mais Mahomet et Confucius sont nommés. Tous auraient été formés ou contrôlés avec l’intention de créer des croyances mondiales amenant les fidèles à suivre des chemins “bons”, fondés sur une règle morale simple : se comporter envers autrui comme on voudrait qu’autrui se comporte envers soi. L’objectif est de reproduire l’harmonie de l’Empire, mais l’humanité, trop égoïste, n’y parvient pas.

Les Sages, très insatisfaits, élaborent un nouveau programme : jusqu’ici, les envoyés ont été “implantés” dans des familles riches, ce qui provoque le rejet de leurs messages par les classes inférieures. On consulte d’abord les Archives Akashiques pour trouver une femme adaptée, issue d’une classe modeste, dans une région où une nouvelle doctrine pourrait prendre racine. Plusieurs possibilités émergent. On dépose secrètement trois hommes et trois femmes sur Terre pour enquêter et choisir la meilleure famille.

Le choix se porte sur une jeune femme sans enfant, mariée à un charpentier. Les Sages estiment que, puisque la majorité appartient à cette classe, un guide issu des leurs serait plus suivi. Un envoyé lui rend visite ; elle le prend pour un ange. Il lui annonce qu’elle portera un fils qui fondera une nouvelle religion. Elle tombe enceinte, mais un événement politique survient : le couple fuit à cause des persécutions d’un roi. Ils voyagent jusqu’à une ville du Proche-Orient ; la femme arrive au terme et, faute de logement, accouche dans l’étable d’une auberge. Les surveillants suivaient les fugitifs ; trois membres d’équipage descendent à l’étable. Ils apprennent avec consternation que leur vaisseau a été aperçu et décrit comme une “Étoile à l’Est”.

L’enfant grandit et reçoit un endoctrinement télépathique constant, prometteur. Jeune, il se querelle avec ses aînés et s’attire l’hostilité du clergé local. Au début de l’âge adulte, il quitte les siens, voyage au Proche-Orient et en Extrême-Orient. Les surveillants le dirigent vers le Tibet. Il traverse les montagnes et séjourne dans la “Cathédrale de Lhassa”, où la trace de ses mains serait encore conservée. On le conseille et on l’aide à formuler une religion adaptée à l’Occident.

À Lhassa, il subit un “traitement spécial” : son corps astral humain est libéré et emmené vers une autre existence ; à sa place, on insère le corps astral d’une personne choisie, très expérimentée spirituellement, bien au-delà de ce qu’on peut acquérir sur Terre. La Voix présente cela comme une méthode fréquemment utilisée pour des espèces jugées arriérées. Une fois l’opération achevée, l’homme repart vers son pays, recrute des proches pour l’aider à répandre la nouvelle religion.

Mais le premier occupant du corps avait contrarié les prêtres ; ils s’en souviennent et montent une mise en scène pour le faire arrêter. Comme ils manipulent le juge, l’issue est certaine. Les surveillants envisagent un sauvetage, puis y renoncent, estimant que ce serait globalement nuisible à la population et à la nouvelle religion.

La discipline se répand malgré tout, mais est encore altérée par des intérêts personnels. Environ soixante ans après, un grand congrès se tient à Constantinople, avec de nombreux prêtres. Beaucoup sont décrits comme pervertis et obsédés par l’idée que les rapports homme-femme sont impurs. Par vote majoritaire, ils modifient les “vrais enseignements” pour faire passer les femmes pour impures. Ils enseignent ensuite que les enfants naissent dans le péché, puis décident de publier un livre relatant les soixante années écoulées.

Des écrivains sont engagés ; on utilise contes et légendes transmis oralement, déjà truffés d’inexactitudes. Année après année, des comités révisent, suppriment, modifient ce qui ne leur plaît pas. On finit par publier un livre qui, selon la Voix, n’enseigne pas la vraie croyance mais sert surtout de propagande pour renforcer le clergé. Pendant des siècles, ces prêtres, qui auraient dû aider le développement spirituel, l’entravent : fausses légendes, faits déformés. La Voix lance un avertissement : si les peuples de la Terre, et surtout ces prêtres, ne changent pas, les Gens de l’Empire devront prendre en charge la planète. En attendant, sauf cas extrêmes, l’ordre est de ne pas discuter avec l’homme et de ne faire aucune approche des gouvernements.

La Voix se tait. L’ermite se dit hébété, flottant devant les écrans où les scènes se succèdent : il observe une multitude d’événements anciens et une part d’“avenir probable”, car l’avenir, selon eux, peut être prédit assez précisément pour un monde ou un pays. Il voit sa patrie envahie par les Chinois, et la montée puis la chute d’un régime “communisme”, terme qui ne signifie rien pour lui. Il s’épuise totalement ; même son corps astral souffre. Les écrans, jusque-là éclatants, deviennent gris, sa vue se brouille, et il retombe dans l’inconscience.

Il est tiré de cet état par un balancement terrifiant. Il “ouvre les yeux”, mais constate qu’il n’a pas d’yeux. Il comprend pourtant qu’il a réintégré son corps physique et qu’il est toujours incapable de bouger. Le balancement vient de la table sur laquelle il est transporté dans un couloir du vaisseau. Une voix froide annonce : “Il est conscient.” Il entend des pas traînants et, parfois, un raclement quand la table heurte un mur.

On le laisse seul dans une chambre métallique. Les hommes ont posé la table et sont repartis sans un mot. Il pense aux merveilles vues, mais ressent aussi du ressentiment : la diatribe contre les prêtres, alors que lui-même est prêtre, et eux l’ont utilisé contre son gré. Un panneau coulisse : un homme entre, referme. C’est le Docteur, qui le félicite : il a “bien fait”, ils sont fiers de lui. Pendant son inconscience, ils ont réexaminé son cerveau ; les instruments indiquent que tout le savoir est bien emmagasiné dans ses cellules. Grâce à lui, les jeunes de l’Empire ont appris. Il annonce qu’on le libérera bientôt et lui demande s’il est heureux.

L’ermite répond avec amertume : heureux de quoi ? On l’a capturé, on lui a découpé la calotte crânienne, forcé son esprit à sortir, insulté en tant que membre du clergé, puis on veut le jeter après usage comme un corps abandonné à la mort. Il réclame du concret : va-t-on lui rendre ses yeux ? assurer sa subsistance ? sinon, comment vivre ? Il le dit presque avec hargne.

Le Docteur répond en moralisant : le monde souffre parce que les gens sont négatifs. Lui, au moins, exprime “positivement” ses demandes. Si tous pensaient positivement, il n’y aurait pas de troubles ; les humains seraient naturellement portés à la négativité, alors même qu’il faut plus d’efforts pour l’être que pour ne pas l’être.

L’ermite revient au fond : il veut savoir ce qu’ils feront pour lui, comment il vivra, ce qu’il fera. Doit-il juste garder ce savoir jusqu’à ce qu’un “élu” se présente ? Qu’est-ce qui leur fait croire qu’il accomplira leur tâche, vu leur mépris des prêtres ? Le Docteur répond enfin de façon pratique : ils le placeront dans une caverne confortable, avec un plancher de pierre et un mince filet d’eau pour ses besoins. Pour la nourriture, sa qualité de prêtre suffira : des gens lui apporteront à manger. Il précise qu’il y a “prêtres et prêtres” : les prêtres tibétains sont essentiellement bons et l’Empire n’a rien contre eux ; d’ailleurs, ils ont déjà utilisé des prêtres du Tibet. Quant à la transmission, il devra se souvenir d’une règle : quand la personne viendra, il le saura, et c’est à elle seule qu’il donnera ses connaissances.

L’ermite reste à leur merci. Après plusieurs heures, le Docteur revient : ils vont lui rendre la faculté de bouger, mais d’abord ils lui donnent une robe neuve et une écuelle neuve. Des mains s’affairent : on retire de “curieux objets” de son corps, on le découvre, on lui fait enfiler une robe, la première robe neuve de toute sa vie. Ensuite il peut bouger. Un assistant le soutient, le fait descendre de la table : pour la première fois depuis un nombre de jours inconnus, il se tient debout.

Cette nuit-là, il dort plus paisiblement, enveloppé d’une couverture donnée aussi. Le lendemain, on l’emmène et on l’installe dans la caverne où il vit depuis plus de soixante ans. En revenant au présent, l’ermite conclut auprès du jeune moine que sa tâche touche à sa fin et propose de prendre un peu de thé avant de se reposer.

Le jeune moine se réveille en sursaut, saisi d’une peur soudaine après avoir senti quelque chose glisser sur son front dans l’obscurité totale de la caverne. Aucun bruit ne vient confirmer une présence, mais la sensation se répète. Pris de panique, il rallume le feu à l’entrée, prend deux brandons enflammés et retourne à l’intérieur. Les ombres vacillantes dansent sur les parois tandis qu’il cherche l’origine de ce trouble, puis se souvient du vieil ermite. Il l’appelle, sans réponse, et avance jusqu’à une cavité intérieure où il découvre l’ermite assis en position de méditation, immobile. En le touchant, il comprend que l’esprit a quitté le corps et que la mort est venue.

Profondément attristé, il s’assoit devant la dépouille et récite le rituel des morts, guidant l’esprit vers les Champs Célestes et le protégeant des dangers invisibles. Après ses prières, il sort de la caverne tandis que l’aube approche, s’assied près du feu et se prépare à accomplir la dernière tâche. Lorsque le jour se lève, il retourne à l’intérieur, soulève le corps extrêmement léger et le transporte jusqu’à la pierre funéraire sur le flanc de la montagne, où des vautours attendent déjà.

Il retire la robe, bouleversé par la maigreur du corps, puis accomplit le rite funéraire : il ouvre le corps avec un silex et brise le crâne pour livrer la dépouille aux oiseaux, selon la coutume. Les larmes aux yeux, il ramasse la robe et l’écuelle du vieil ermite, revient à la caverne et les jette au feu, regardant les flammes les consumer. Enfin, le cœur lourd, il quitte la caverne et descend lentement le sentier, laissant derrière lui la vie passée et entrant seul dans une nouvelle phase de son existence.

Apparence des habitants dU CONTACT:

L’ermite parle d’une diversité extrême des êtres liés à l’« Empire » et à ses opérations : des formes et des tailles très variées, allant de frêles nains jusqu’à de véritables géants pouvant paraître six fois plus grands qu’un homme. Cette variété ne concerne pas seulement la stature, mais aussi les morphologies, certaines silhouettes étant décrites comme harmonieuses et « humaines », tandis que d’autres présentent des traits nettement non humains.

À bord et dans les installations, l’ermite observe des personnels techniques de très petite taille : de « petites personnes » d’environ dix-huit pouces, soit environ 45 cm, qui circulent dans des enchevêtrements de fils et de tubes derrière un panneau de mur pivotant. Elles portent des ceintures chargées d’objets brillants décrits comme des outils. À l’inverse, il voit intervenir des géants effectuant des tâches de manutention, comme l’apport et le maintien d’une grande boîte lourde pendant que les petits êtres la fixent.

Certaines rencontres ou visions mettent en avant des humanoïdes à l’apparence nettement différente : des êtres “humains” dont la tête ressemble à celle d’un oiseau, avec une face emplumée ou écailleuse, et des mains se terminant par des griffes. Le texte suggère aussi une diversité anatomique plus large, en évoquant des variations au niveau des mains (par exemple des êtres à quatre doigts).

Enfin, on lui parle des envahisseurs d’un autre univers, décrits comme des humanoïdes guerriers portant des excroissances cornues à la hauteur des tempes et possédant également une queue, associés à des vaisseaux noirs. Cette population est distinguée des “Jardiniers” et des autres groupes, et elle est décrite comme particulièrement violente et portée sur la guerre.

Description de leur monde et de leur civilisation :

Le monde des contacts n’appartient pas au même univers que la Terre. Il est situé dans un univers très éloigné, incompréhensible pour l’esprit humain, et constitue la planète principale d’un empire regroupant plus d’un millier de mondes habités. Chaque monde est autonome mais tous suivent une même ligne de conduite visant à supprimer l’injustice et améliorer les conditions d’existence de toute forme de vie.

Ce monde central est décrit comme le cœur de cet univers spécifique, centre de culture et de savoir, supérieur à tout ce que connaît la Terre.

Lorsque l’ermite observe ce monde, il découvre une planète radicalement différente de la Terre. Elle baigne dans une lumière permanente, car plusieurs soleils l’éclairent simultanément, supprimant presque totalement l’obscurité. Cette lumière donne aux paysages et aux structures une clarté inhabituelle, presque irréelle pour un esprit humain.

Dans son ensemble, ce monde apparaît comme une civilisation extrêmement avancée, lumineuse, vaste, organisée, et très éloignée des conditions terrestres.

Tous les mondes dépendent d’un Maître, dirigeant sans ambition territoriale, dont l’objectif unique est de préserver la paix et permettre à chaque être, quelle que soit sa forme ou sa couleur, de vivre sans destruction.

Il n’existe ni grandes armées ni hordes guerrières. La société comprend des savants, commerçants, prêtres et explorateurs chargés d’étendre pacifiquement la fraternité impériale. L’adhésion n’est jamais imposée : les mondes rejoignent l’Empire volontairement après avoir abandonné leurs armes.

Chaque monde abrite des types d’êtres différents. Certains sont petits, d’autres gigantesques. Certains peuvent sembler grotesques ou fantastiques selon les critères humains, d’autres d’une beauté presque angélique. Malgré ces différences physiques extrêmes, leurs intentions sont uniformément bienveillantes.

Ce monde est présenté comme une civilisation extrêmement avancée, bien au-delà de la compréhension terrestre. Il constitue un centre majeur de connaissance et a développé des méthodes de voyage dépassant les concepts humains, impliquant des dimensions supérieures à celles connues sur Terre.

L’ermite observe une ville gigantesque s’étendant jusqu’à l’horizon, avec un trafic aérien intense. Une zone vaste, semblable à une surface vitrée, sert de plateforme à de nombreux vaisseaux de formes diverses, certains destinés aux voyages lointains, d’autres aux déplacements sur la planète. La densité de population paraît immense.

Il aperçoit une ville immense, d’une taille telle qu’elle semble s’étendre jusqu’à l’horizon. La surface du sol, dans certaines zones, paraît lisse et brillante comme du verre, servant de plateforme à d’innombrables vaisseaux. Le trafic aérien est continu : des appareils de formes très diverses : sphériques, allongés, doubles disques, se déplacent silencieusement au-dessus de la cité, certains pour les voyages locaux, d’autres pour des expéditions lointaines.

La densité de population paraît considérable, mais l’ensemble ne dégage ni agitation ni chaos. L’environnement semble ordonné, maîtrisé, et imprégné d’une impression de puissance calme.

Les déplacements se font par des vaisseaux multiples et variés : sphériques, en forme de disques jumelés, ou allongés comme des lances. Ces appareils permettent aussi bien les voyages planétaires que les expéditions vers les confins du monde ou d’autres univers. Le monde central a découvert une forme de voyage avancée reposant sur des principes incompréhensibles pour la science terrestre actuelle.

L’Empire envoie des expéditions depuis des millions d’années afin de découvrir, observer et ensemencer de nouveaux mondes. Leur objectif est d’aider les civilisations capables de s’aider elles-mêmes, dans une logique d’amélioration progressive de la vie.

L’ermite se retrouve à bord d’un immense appareil dont l’aspect et la structure dépassent toute technologie terrestre connue. L’intérieur n’évoque pas un véhicule au sens humain, mais une installation complexe faite de salles lumineuses, de murs vivants et d’équipements inconnus. Les parois semblent parfois émettre leur propre lumière, sans source visible. De nombreuses salles contiennent des rangées d’écrans capables de montrer des mondes, des événements cosmiques ou des scènes éloignées dans l’espace et le temps. Des instruments produisent des rubans couverts de symboles, tandis que des voix désincarnées répondent aux opérateurs.

Des êtres de tailles très variées, des petits techniciens jusqu’à des géants, interviennent dans la structure interne du vaisseau, manipulant fils, tubes et modules techniques derrière des parois mobiles.

L’ermite observe également lors des projections qui lui sont montrées, un gigantesque vaisseau de forme tubulaire, long d’environ un mille (près de 1,6 km). Il apparaît d’abord comme un immense édifice posé sur une plaine, avant de révéler sa véritable nature en s’élevant dans les airs. Des ouvertures transparentes longent sa structure, laissant voir des êtres se déplacer à l’intérieur. Des véhicules plus petits y apportent du matériel, puis en repartent. Une fois en vol, le grand vaisseau s’élève silencieusement, disparaît, puis est observé sur écran au cœur de l’espace, entouré d’étoiles qui deviennent des traînées lumineuses, signe d’une vitesse extrêmement élevée.

À bord, l’ermite voit une salle de pilotage où des hommes et des femmes en uniformes manipulent leviers, cadrans et écrans. Un personnage dirige les opérations, surveillant les trajectoires et l’activité du vaisseau. Lors d’une phase d’exploration, de nombreux petits engins circulaires se détachent du grand vaisseau, se dispersent, puis reviennent avant que l’appareil principal ne reparte à grande vitesse.

Concernant la technologie de déplacement, il est indiqué un voyage spatial extrêmement rapide, où les étoiles se transforment en bandes lumineuses et où les distances cosmiques sont franchies sans sensation de mouvement ordinaire. Le vaisseau semble capable d’opérer dans l’espace profond, d’observer des systèmes stellaires, et de voyager entre mondes avec une maîtrise avancée de l’énergie et des forces gravitationnelles. L’absence de bruit, la disparition instantanée de l’appareil et la vitesse apparente indiquent une technologie très au-delà des moyens humains connus.

Dans l’ensemble, ces vaisseaux apparaissent à la fois comme des machines de transport, des centres d’observation cosmique et des installations scientifiques, capables de surveiller des mondes, de voyager dans l’espace interstellaire et de déployer d’autres appareils plus petits pour leurs opérations.

Le contact est motivé par l’avenir de l’humanité. Les entités affirment vouloir empêcher une autodestruction du monde humain, décrite comme un « suicide » collectif lié à une guerre future d’une puissance extrême et à une pollution globale. Elles précisent que ces réalités dépassent encore la compréhension de l’ermite, car elles appartiennent à une phase ultérieure du développement humain.

Elles annoncent que la Terre entrera dans une période de transformations profondes, marquée par de grandes découvertes scientifiques et par l’apparition d’armes nouvelles. L’humanité finira par atteindre l’espace, et cette future expansion constitue une raison directe de leur intérêt et de leur intervention.

Les Sages expliquent que la planète est observée parce qu’elle s’approche d’un moment critique où l’usage d’armes d’une puissance sans précédent pourrait menacer l’équilibre global du monde. Leur inquiétude concerne autant la destruction immédiate que les effets durables sur l’environnement et la continuité de la vie. L’avertissement central porte donc sur le danger d’autodestruction par une technologie militaire capable d’anéantir la civilisation et de contaminer durablement la Terre, ce qui motive leur volonté déclarée de prévenir une telle issue. On comprend qu’ils parlent des armes nucléaires et c’est clairement indiqué dans le texte, et ils s’inquiètent de notre entrée dans l’ère spatiale en lançant ces armes à distance de la Terre de manière inconsidérée.

Extrait du livre : « Ici, reprit la Voix d'un ton des plus pondérés, se trouvent les Sages qui ont demandé à te voir. Ce sont nos plus grands sages qui, depuis des siècles, se consacrent au bien des autres. Ils travaillent sous la direction personnelle du Maître, qui est encore plus âgé qu'eux. Notre but est de sauver votre monde. De le sauver d'une menace de suicide. De le sauver de la pollution totale qui suit une guerre nuc... Mais peu importe, il s'agit d'expressions sans signification pour toi, de termes que ton monde n'a pas encore inventés. Ce dernier est en passe de subir des changements relativement considérables. On y découvrira de nouvelles choses ; on y inventera de nouvelles armes. D'ici les cent prochaines années, l'Homme entrera dans l'espace. C'est ainsi que nous sommes concernés. »

Selon ce qui fut montré à l’ermite, ces êtres, appelés les Jardiniers et guidés par les Sages et le Maître, intervinrent sur Terre depuis des temps extrêmement anciens. Leur action débuta par l’ensemencement du monde : des humains et des animaux furent transportés à bord d’immenses vaisseaux et déposés en différents lieux du globe. Des appareils plus petits surveillaient ensuite leur dispersion afin que chaque espèce s’établisse correctement.

Pendant longtemps, l’humanité resta primitive. Les Sages décidèrent alors d’introduire des humanoïdes plus évolués afin de stimuler le progrès : maîtrise du feu, travail de la pierre, naissance des premières habitations, puis des villes. Les Jardiniers circulaient parmi les humains, qui finirent par les considérer comme des dieux.

Plus tard survint une guerre cosmique contre des envahisseurs venus d’un autre univers, êtres guerriers à cornes et queue. Des mondes furent détruits, une collision planétaire modifia l’orbite terrestre, provoquant cataclysmes, inondations et bouleversements climatiques. Les Jardiniers sauvèrent des humains et des animaux à bord de leurs Arches. Après la victoire, le chef ennemi, appelé Prince Satan, fut épargné et autorisé à coopérer, mais il introduisit ensuite corruption et désordre.

Les Jardiniers établirent alors des bases sur Terre, souvent en altitude, et certains événements donnèrent naissance aux mythes humains. Ils inspirèrent ou guidèrent plusieurs figures majeures destinées à orienter l’évolution spirituelle de l’humanité : un enfant préparé devint Moïse, recevant enseignements et objets sacrés lors de contacts avec leurs vaisseaux ; un autre, Gautama, développa une discipline spirituelle propre ; d’autres encore, comme Confucius ou Mahomet, furent également influencés dans le but d’instaurer une harmonie morale mondiale.

Plus tard, une nouvelle tentative fut faite en choisissant une femme humble destinée à donner naissance à un guide spirituel majeur : le Christ. Il reçut une formation spéciale, voyagea jusqu’au Tibet, puis diffusa son enseignement, mais ses paroles furent ensuite altérées par les institutions religieuses. Les textes sacrés furent modifiés au fil du temps, et le pouvoir du clergé s’imposa souvent au détriment du message initial.

Face à ces dérives, les Jardiniers décidèrent de cesser les contacts directs avec l’humanité. La Terre continua d’être surveillée à distance, sans intervention ouverte, sauf en cas extrême. Leur objectif demeurait d’amener progressivement l’humanité vers une harmonie universelle, mais ils considéraient que l’espèce humaine n’était pas encore suffisamment mûre.

Liens vers des documents plus complets sur ce contact :

• Livre complet "L’ermite" écrit par Lobsang Rampa, en français - format PDF: Cliquer ici

☝ Liens de sites web en français :

Lobsangrampa.org
Mise à disposition de l’ensemble de l’œuvre de Lobsang Rampa en ligne et en PDF.

Artivision
Superbe explication de la vie de Rampa et les éléments qui confirment beaucoup de ses dires.